La Nation - Hebdomadaire Algérien

Numéro 101

Edition du 01 au 07 Mai 2013



A BOUT PORTANT

Madjid Khelassi
Mardi 25 Octobre 2011



La séquence finale est minable : Kadhafi sanguinolent, vivant encore, sorti d’une bouche d’égout puis trainé sur la capot d’un pick-up et puis plus rien ou plutôt un homme gisant dans le sortilège d’un destin qui le rattrape.

Une balle dans la tête tirée on ne sait d’où a dit le conseil de transition dans une impossible fixité des choses. Le printemps arabe, promesse des peuples et cauchemar des dictateurs, se voit voler la possibilité de juger, le 1er dirigeant arabe, en bonne et due forme. Mouammar 1er et dernier, emportera ses secrets dans sa tombe.

Ce qui arrange les affaires de ses ex-nouveaux amis, les Sarko, Berlu et tutti quanti gros consommateurs de valises pour leurs besoins … électoraux.

Sarko, virant fissa humaniste via une visée élyséenne bis, déclare qu’il ne faut jamais se réjouir de la mort d’un homme quoi qu’il ait fait. La messe est dite.
42 ans de règne sans partage pour finir pas loin d’une bouche d’égoût ! La symbolique est d’une méchanceté désarmante. Pire que le supplice de Tantale !

Mouammar Kadhafi, colonel ensablé par sa stature d’harlequin et sa voix de berger stentor, gros consommateur de litotes inutiles et casuiste invétéré qui s’échina à monologuer avec un peuple qui ne l’écoutait plus, ne vit pas la flamme partie en janvier d’une bourgade tunisienne.

Piètre homme d’Etat, il ne s’y fit jamais à l’insoutenable découverte de sa propre solitude. On ne revient pas impunément du royaume des ombres !
Fils tués, famille dispersée, lignée honnie, un puzzle aux mille morceaux éclatés… L’autocratie est d’un dégoût biblique.

Crime et châtiment pourrait-on écrire. L’homme au pistolet d’or aussi. A bout portant. Mais surtout  Ubu en Cirénaïque tant le guide régna sans boussole.
Car comment mépriser, tuer, blesser, humilier son peuple sans s’abattre soi-même ? Pas une seule fois, et pas une journée, ne passèrent sans que le sourire du putschiste de 69 ne se rapproche du rictus du monstre.

Personnage changeant, adepte du thème du double, cher aux dictateurs : Poète et paysan, berger et soldat, il ne fit jamais preuve de clairvoyance ni de stature d’Etat. Il croyait avoir sur son peuple l’influence de la lune sur le mouvement des marées.

Sur-médiatisation et posture furent ses  hobbies.  Encouragé au Buzz par sa cécité politique, il ne vit rien venir : Ni la fuite de Benali, ni l’embastillement de Moubarak. Chose pas du tout aisée en autocratie où les dirigeants ont les yeux emmurés dans un cerveau en détresse.

L’intervention de l’Otan- cette constellation à variabilité sélective-  ne le fit pas ciller. Pourtant Dieu du ciel, c’était aussi claire et nette, que la lumière aveuglante du désert libyen.
Les couronnes de barils pérennes qu’il tressa à quelques chefs d’Etats, afin qu’il réintègre le concert des nations, ne lui fûrent d’aucun secours.
L’OTAN, entité guerrière, genre couteau suisse, mit tout de suite cap sur la Libye. L’ex Cirénaïque, bout d’Afrique de confetti pétrolifère et son écrin de torchères nichées dans un paysage-pipe-line, attisa tout de suite la convoitise des Occidentaux. On commença le partage du butin  avant la peau de l’ours. 35% pour la France à t’on dit !
Instaurer la démocratie dans une Libye libre claironnait-on dans les Etats majeurs occidentaux. BHL et l’ONU font lettres communes. La délicieuse férocité est en marche. Les civils paieront les premiers.

Le monde guerrier occidental se donne à voir : Bombardements gélatineux, drones aux contorsions de reptiles  qui tirent à la sanguine comme dopés par le pétrole dans la mire, bruits assourdissants des roquettes qui appellent plus l’incendie que la démocratie. La synesthésie est totale.

La nuit tombe sur Syrte dévastée, comme la plupart des villes libyennes .On ne prend pas de notes dans la réalité. L’image se dessine  toute seule. Toucher le fond, c’est si bon, semble dire Kadhafi dans un discours posthume. 

La Libye décrétée libre hier par le président du CNT. La Chariaa aussi. La polygamie itou. BHL est incrédule. Les suites sans fin du printemps arabe ne correspondent décidément pas à la démocratie clé en main.

Kadhafi disparu, l’aggiornamento de la Libye n’est pas pour demain.


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