La Nation - Hebdomadaire Algérien

Numéro 101

Edition du 01 au 07 Mai 2013



Destination Soudan.

Salima GHEZALI
Lundi 11 Juillet 2011



La proclamation, cette semaine, de l’indépendance du sud-soudan a fait la Une des médias dans le monde entier. Pas une chaine d’informations internationales qui n’ait témoigné qu’un nouvel Etat est né. On peut, certes, pointer du doigt  "les manœuvres occidentales" et s’égosiller à dénoncer  "les complots"  contre la "souveraineté "comme s’y emploie activement une partie de l’élite arabe et africaine.

D’autres parties peuvent y voir seulement l’aboutissement inéluctable des indépendances inabouties. Le régime d’Omar el Bachir est toujours là même si le pays, qui n’a connu depuis des décennies que des conflits, la violence et la guerre, est en train d’être démembré.

Comme l’ont donné à voir d’autres régimes arabes et africains : les élites au pouvoir n’ont d’intérêt que pour leur maintient en position dominante au sein de leurs sociétés. Quitte pour cela à sacrifier les Etats nés des indépendances.

Avec une belle unanimité les grands médias internationaux mettent en avant la bonne disposition des élites du nouvel Etat en matière démocratique et de bonne gouvernance. Ne fût-ce que pour souligner les tares du régime d’Omar el Bachir.

Et pour être surs que leur toute nouvelle indépendance ne connaisse pas les mêmes déboires que  leurs voisins du Nord, les leaders du Sud Soudan ont commencé depuis des années à se préparer à prendre les leviers d’un Etat qu’ils veulent viable.

Préoccupation majeure : Comment empêcher la corruption de s’incruster dans les rouages de l’administration et du pouvoir ?

Dans un article publié en Janvier 2011 dans la revue Foreign Policy, Robert Klitgaard, que certains qualifient de Monsieur anti-corruption pour son activisme en la matière, écrivait sous le titre ô combien significatif de : Making a country (faire un pays) qu’à  sa première rencontre avec trois des principaux leaders du mouvement indépendantiste du Sud Soudan ces derniers lui avaient confié que la corruption allait être le défi majeur auquel devrait faire face le futur gouvernement.
Trois questions lui ont été posées :

  • Que pouvons-nous faire à propos de corruption ?
  • Y-a-t-il un Etat africain qui a fait des progrès contre la corruption ?
  • Quels principes sont derrière les efforts couronnés de succès dans la lutte contre la corruption ?
     
Certes l’ingénierie des Etats n’est pas un exercice dénué d’arrière-pensées. Le nouvel état du Sud Soudan va certainement trouver les bons conseils auprès de ses sponsors là n’est pas le problème. Du moins pour nous. Le problème réside dans le fait que l’Algérie a dépensé des sommes astronomiques à embellir la façade du régime alors que les pratiques de ce régime, aussi surement que celles d’Omar el Bachir, conduisent le pays droit vers la faillite.

De nombreux  chercheurs ont mis en cause l’économie de rente dans la dégénérescence politique de certains systèmes politiques africains ou arabes.

Un avis qui n’est pas partagé par Mohamed Hachemaoui dont le travail de recherche universitaire débouche sur la mise en cause non de la rente mais du caractère autoritaire de l’Etat dans la généralisation de la corruption.

Le monopole sur le pouvoir, l’opacité et l’absence de reddition des comptes sont au cœur de systèmes politiques autoritaires qui font de la corruption non pas une déviance mais la norme.



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