La Nation - Hebdomadaire Algérien

Numéro 101

Edition du 01 au 07 Mai 2013



L’Algérie et le «système arabe » : le miroir caricatural libyen

Ahmed Selmane
Mardi 20 Mars 2012

Dans un éclair de lucidité et parlant de la pendaison de Saddam Hussein, le colonel Kadhafi, s’adressant à ses pairs arabes lors du sommet de la Ligue arabe de 2008 avait lancé une sombre prédiction aux dirigeants arabes hilares. « Comment un président arabe, un membre de la Ligue arabe a-t-il pu être ainsi pendu ?... N’importe lequel d’entre vous pourrait être le suivant. Tout à fait !...Un jour, l’Amérique pourrait nous pendre ! ».



L’Algérie et le «système arabe » : le miroir caricatural libyen
Il est probable que le « guide » libyen pensait que cela ne lui arrivera pas à lui. Il avait donné tant de gages aux américains et s’est fait tant « d’amis » parmi les dirigeants occidentaux qu’il se sentait immunisé. L’idée que « cela n’arrive qu’aux autres » est commune aux dictateurs arabes qui pensent que «l’amitié » de l’Amérique les dispense de vérifier, par les moyens de la politique, que la politique que la population adhère et qu’elle est immunisée contre le « grand jeu » des puissances. Non ce qui compte, c’est l’amitié du Centre et la « vigilance » des services de sécurité. Tout le reste, la citoyenneté, le droit, l’organisation libre, les associations, les partis, la société civile, les médias, c’est du pipeau. Et d’ailleurs, on peut en fabriquer de ces choses pour le décor…Comme l’Algérie en ces jours bénis où les partis éclosent par dizaines et suscitent une hilarité méprisante chez les algériens… Ah bon, les blancs veulent des partis ? Et bien en voilà à la pelle ! Ils veulent des médias audiovisuels privés ? Qu’ils attendent un peu que l’on fasse notre loi et que l’on s’organise pour en fabriquer quelques TV privées, bien à nous, comme nous avons sur faire plus d’une centaine de journaux. Le fils de Kadhafi, le « glaive de l’Islam » avait d’ailleurs multiplié les journaux et les télévisions. Il avait d’ailleurs convaincu son papa que pour survivre, il faut plaire aux occidentaux. Aujourd’hui, il est chez ses « frères » en Libye qui ont liquidé son paternel et qui sont devenus « très amis » avec ses ex-vieux et bons amis. Seif Al-Islam ne sera sans doute pas jugé par la Cour Pénale Internationale mais par ses frères et il est probable que ces derniers veilleront à éviter tout propos qui gênerait les « libérateurs ». Et pourtant, Seïf était le grand distributeur de « pétrodollars » de ces messieurs et il en aurait des choses à raconter sur ces amitiés couteuses et versatiles.

Ces chers rieurs

Hosni Moubarak et Bill Clinton
Hosni Moubarak et Bill Clinton
Kadhafi n’est plus là, lynché. Parmi ceux qui écoutaient son discours et riaient, certains connaissent les infortunes diverses liée au lâchage du Centre : Moubarak est en taule, Ben Ali le « laïc » s’ennuie du côté de la Mecque, Ali Saleh a été contraint à la retraite et Bachar Al-Assad ne doit sa pérennité qu’au véto russo-chinois. Il y avait officiellement plusieurs partis en Egypte, la liberté de la presse était officiellement reconnue et les chaines de télévision se comptaient par dizaines. Et Moubarak était, vu d’Occident, un pilier essentiel qu’il faut préserver à tout prix… Ben Ali était un bon « laïc » et un des gardiens des limès. Ali Saleh était le grand allié dans la Global War contre Al-Qaïda… Bachar Al Assad était déjà léger, il le demeure alors que le pays se délite et que les moukhabarate ne parviennent plus à rétablir la sujétion par la peur et que des syriens, que rien ne prédisposait à cela, manifestent pour « une intervention militaire immédiate »…. Quand Kadhafi annonçait ses sombres prédictions, il pensait que cela n’arrive qu’aux autres et les autres dirigeants arabes qui s’esclaffaient pensaient aussi que cela ne leur arrivera jamais. Ils sont les amis de l’Amérique et ils quadrillent le pays, les « moukhabarate » travaillent bien. Les anciens excellents amis de Kadhafi devenus les « très chers amis » de ceux qui n’arrivent pas à lui succéder dans un pays livré aux milices et aux tentations séparatistes se font discrets. Il y a encore du boulot et des affaires à faire en Libye… décidemment potentiellement divisible en trois ou quatre morceaux. Et voilà que l’ancien patron des moukhabarate de Kadhafi, le colonel Abdallah Senoussi se fait avoir comme un jeune premier par les moukhabarate du Maroc et de Mauritanie dans un voyage « organisé » entre Casablanca et Nouakchott. Une fin éloquente. Pour la Libye, bien entendu. Mais surtout pour le fameux système arabe dont les fondements sont l’amitié « indéfectiblement versatile » des occidentaux et des moukhabarate omniprésents qui répriment, surveillent,  mais ne prévoient rien et n’anticipent rien.

Y a-t-il encore quelqu’un qui pense dans la baraque ?

Il y a un miroir libyen caricatural dans lequel se reflètent parfaitement tous le « système arabe », cette duplication que l’on retrouve avec des variantes de formes mais une identité de fond de l’Atlantique au Golfe. Le régime algérien n’y échappe pas. Bouteflika riait aussi quand Kadhafi annonçait les pendaisons futures. Aujourd’hui, c’est avec gravité qu’il invite les algériens à aller aux urnes pour protéger l’Algérie de l’ingérence… Mais, lui et le régime, ont-ils vraiment saisi qu’il faut sortir du « système arabe » forclos… ? Rien n’indique, en ce cinquantenaire de l’indépendance dont les officiels ne savent vraiment pas quoi en faire, qu’on a saisi réellement le fait qu’un « traitement libyen » dans le cadre de la dépolitisation orchestrée, du rejet de l’émergence d’une scène politique libre et d’une société civile aguerrie et libre, est généralisable à tous les pays. Rien n’indique qu’on a décidé de sortir de la ruse – qui est vraiment éventée et ne dupe personne - pour aller vers une structuration sérieuse de la société algérienne dans un cadre démocratique, la seule voie de sauvegarder la souveraineté de l’Algérie et de l’immuniser contre ses faux «amis ». Est-ce qu’il y a quelqu’un qui pense dans la baraque ? On aimerait penser que « Oui »… Mais hélas, les tenants du régime algérien donnent surtout l’impression qu’ils pensent avoir des atouts (le pétrole, l’antiterrorisme…) qui les dispensent de toute remise en cause et qui leur fait croire que « cela n’arrive qu’aux autres ».

Le discours de Kadhafi



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