Le dernier mot d’un ouvrage appartient, comme de juste, à l’appréciation des lecteurs, dans la diversité de leurs opinions, de leurs sensibilités, de leurs expériences. J’espère seulement, comme lecteur moi-même, être proche des réactions positives du lectorat à venir, en exprimant quelques unes des raisons de mon intense satisfaction à une première lecture de l’Essai de Hocine Belalloufi.
Ce n’était pas acquis d’emblée. Pour un thème aussi controversé, aussi plein de contradictions et d’embûches, d’élans enthousiastes et de déceptions, aussi piégé par les subjectivités, il n’était pas facile d’aborder le vaste champ de la démocratie, des réformes et de la révolution dans ce monde arabe verrouillé jusqu’ici et saisi par les tourmentes du changement. Bien entendu, nombre de points de vue seront soumis par les uns ou les autres au crible de la critique et des avis différents. Une des qualités de l’ouvrage est d’y être ouvert et de les solliciter.
Il reste à mon avis l’essentiel, que je voudrais ici souligner.
Je n’ai pas seulement trouvé dans cet ouvrage la conjugaison bienvenue des approches académiques et des approches de terrain, trop souvent arbitrairement cloisonnées. Pas seulement de fortes convergences avec plusieurs des préoccupations et des enseignements tirés de mon parcours militant et de celui de tous ceux qui ont payé leur tribut à la cause des travailleurs, de la liberté et de la dignité. Pas seulement le souci d’objectivité et d’échanges, dans un climat et des domaines où prévalent encore des invectives et des procès d’intention. Mais à mes yeux, il y a surtout le fait que l’ouvrage arrive à point nommé.
Il répond à la quête, entremêlée de doutes et d’espoirs, des Algériens et Algériennes honnêtes, qui par millions, sont taraudé(e)s par les interrogations sur l’avenir du pays, de notre société, ainsi que le sort des régions avoisinantes et du Monde dont nous dépendons. Le moment de cette parution coïncide avec le besoin et l’urgence de grands changements fortement souhaités mais encore incertains, qui appellent réflexion et débat. Je ne décrirai pas le riche contenu de l’Essai que chacun aura pu apprécier, je risquerais de n’en faire qu’un mauvais résumé. Je veux néanmoins en souligner la portée, selon moi.
De l’Atlantique au Golfe arabo-persique, dans les colères et les douleurs d’une jeunesse porteuse d’initiative, éclosent de vrais ou faux « printemps » avec des résultats inégaux et même contradictoires. Pour l’Algérie, face à l’immobilisme institutionnel paré du spectacle des réformes sur papier, la volonté de changement radical est plus que jamais massive et brûlante, même si elle recouvre des projets de société très différents. Il est banal de le constater. Mais il n’est pas facile de l’analyser, d’aller au-delà des apparences et des jugements tranchants et velléitaires. Il est plus difficile de comprendre pourquoi la « passivité », dans laquelle se réfugient apparemment nombre de nos compatriotes, coexiste avec un torrent souterrain dont ils ressentent bien les grondements, mais sans trop savoir quelle issue lui donner. Car échaudés et désabusés par plusieurs expériences non abouties ou malheureuses, ils rêvent d’une force capable d’imposer des changements constructeurs et non ravageurs. Ce peuple tourmenté attend son moment et souhaite fébrilement une voie meilleure. A travers émeutes, immolations par le feu, manifestations et mouvements de grèves et de protestation de plus en plus consistantes, initiatives spontanées ou mieux organisées, il se perd en conjectures et spéculations idéologiques tout en accumulant ses capacités de jugement.
Notre peuple avait été capable en dépit des obstacles externes et internes inouïs de mettre à bas l’édifice colonial. Il avait même pris après Octobre 1988 une avance de vingt ans, en épreuves et expérience, sur les autres peuples de la région qui se sont mis en branle récemment. Dans un bref parcours précurseur de trois ans, il avait fait les frais de la comédie des « transitions démocratiques » courtes, sciemment bâclées et récupérées par les cercles dirigeants qui avaient confisqué durant trois décennies les fruits prometteurs de l’indépendance. Pour déboucher, comme résultat de cet épisode éphémère, sur l’immense tragédie des années 90 dont le spectre hante aujourd’hui d’autres peuples frères à qui, instruits par l’exemple algérien, nous souhaitons de ne pas sombrer dans le même malheur.
Ce n’était pas acquis d’emblée. Pour un thème aussi controversé, aussi plein de contradictions et d’embûches, d’élans enthousiastes et de déceptions, aussi piégé par les subjectivités, il n’était pas facile d’aborder le vaste champ de la démocratie, des réformes et de la révolution dans ce monde arabe verrouillé jusqu’ici et saisi par les tourmentes du changement. Bien entendu, nombre de points de vue seront soumis par les uns ou les autres au crible de la critique et des avis différents. Une des qualités de l’ouvrage est d’y être ouvert et de les solliciter.
Il reste à mon avis l’essentiel, que je voudrais ici souligner.
Je n’ai pas seulement trouvé dans cet ouvrage la conjugaison bienvenue des approches académiques et des approches de terrain, trop souvent arbitrairement cloisonnées. Pas seulement de fortes convergences avec plusieurs des préoccupations et des enseignements tirés de mon parcours militant et de celui de tous ceux qui ont payé leur tribut à la cause des travailleurs, de la liberté et de la dignité. Pas seulement le souci d’objectivité et d’échanges, dans un climat et des domaines où prévalent encore des invectives et des procès d’intention. Mais à mes yeux, il y a surtout le fait que l’ouvrage arrive à point nommé.
Il répond à la quête, entremêlée de doutes et d’espoirs, des Algériens et Algériennes honnêtes, qui par millions, sont taraudé(e)s par les interrogations sur l’avenir du pays, de notre société, ainsi que le sort des régions avoisinantes et du Monde dont nous dépendons. Le moment de cette parution coïncide avec le besoin et l’urgence de grands changements fortement souhaités mais encore incertains, qui appellent réflexion et débat. Je ne décrirai pas le riche contenu de l’Essai que chacun aura pu apprécier, je risquerais de n’en faire qu’un mauvais résumé. Je veux néanmoins en souligner la portée, selon moi.
De l’Atlantique au Golfe arabo-persique, dans les colères et les douleurs d’une jeunesse porteuse d’initiative, éclosent de vrais ou faux « printemps » avec des résultats inégaux et même contradictoires. Pour l’Algérie, face à l’immobilisme institutionnel paré du spectacle des réformes sur papier, la volonté de changement radical est plus que jamais massive et brûlante, même si elle recouvre des projets de société très différents. Il est banal de le constater. Mais il n’est pas facile de l’analyser, d’aller au-delà des apparences et des jugements tranchants et velléitaires. Il est plus difficile de comprendre pourquoi la « passivité », dans laquelle se réfugient apparemment nombre de nos compatriotes, coexiste avec un torrent souterrain dont ils ressentent bien les grondements, mais sans trop savoir quelle issue lui donner. Car échaudés et désabusés par plusieurs expériences non abouties ou malheureuses, ils rêvent d’une force capable d’imposer des changements constructeurs et non ravageurs. Ce peuple tourmenté attend son moment et souhaite fébrilement une voie meilleure. A travers émeutes, immolations par le feu, manifestations et mouvements de grèves et de protestation de plus en plus consistantes, initiatives spontanées ou mieux organisées, il se perd en conjectures et spéculations idéologiques tout en accumulant ses capacités de jugement.
Notre peuple avait été capable en dépit des obstacles externes et internes inouïs de mettre à bas l’édifice colonial. Il avait même pris après Octobre 1988 une avance de vingt ans, en épreuves et expérience, sur les autres peuples de la région qui se sont mis en branle récemment. Dans un bref parcours précurseur de trois ans, il avait fait les frais de la comédie des « transitions démocratiques » courtes, sciemment bâclées et récupérées par les cercles dirigeants qui avaient confisqué durant trois décennies les fruits prometteurs de l’indépendance. Pour déboucher, comme résultat de cet épisode éphémère, sur l’immense tragédie des années 90 dont le spectre hante aujourd’hui d’autres peuples frères à qui, instruits par l’exemple algérien, nous souhaitons de ne pas sombrer dans le même malheur.
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