La Nation - Hebdomadaire Algérien

Numéro 101

Edition du 01 au 07 Mai 2013



Le Maghreb Islamique prend le pas sur le Maghreb arabe

Abed Charef
Mardi 29 Novembre 2011



Le Maghreb Islamique prend le pas sur le Maghreb arabe
La Tunisie y est déjà. Le Maroc a suivi. L’Egypte s’apprête à franchir le pas, et la Libye va y plonger, comme un naufragé du désert plonge dans une flaque d’eau, ou dans un mirage. Quant au Soudan, le premier à faire l’expérience, il y patauge depuis des décennies. Seule l’Algérie, qui a fait une expérience avortée, hésite encore, mais semble s’y préparer sérieusement : c’est visiblement toute la partie arabe de l’Afrique qui, à la faveur du fameux printemps arabe, semble devoir basculer, pour célébrer de nouvelles noces avec l’islamisme politique.
La victoire du Parti de la Justice et du Développement (PJD) au Maroc a confirmé cette semaine un vaste mouvement, qui va profondément marquer la région. Le fameux « islamisme modéré », symbolisé par Kardhaoui, Ennahdha et les frères Musulmans, est en passe d’entrer ou de s’implanter durablement au pouvoir dans cette vaste zone qui va de l’Atlantique à la Palestine, et de la Méditerranée au Sahara, qui voit se réaliser le Maghreb Islamique avant le Maghreb arabe.

Avant le PJD, Ennahdha, du très modéré tunisien Rached Ghannouchi, avait ouvert la voie, prenant tranquillement le pouvoir par les urnes, après avoir échoué à s’en emparer par la rue. Abdelkader Belhadj, un obscur djihadiste passé par les mains de la CIA et des services spéciaux libyens, avant un ultime stage au Qatar, avait, quelques semaines auparavant, conquis Tripoli par la grâce des armes et de l’OTAN.

En Egypte, pays le plus influent de la région, en raison de son poids démographique, les Frères musulmans s’apprêtent à prendre le pouvoir à la faveur d’une élection qui viendra couronner un mouvement de contestation né il y a bientôt un an. Comme dans les autres pays ayant subi les « printemps arabe », l’Egypte ne parait pas en mesure d’échapper à la mainmise des « Frères », la seule force d’opposition structurée et suffisamment ancrée dans la société pour prendre le relais du pouvoir en place.

Cette évolution parait, de prime abord, paradoxale. Comment un « printemps » peut-il déboucher sur l’avènement de pouvoirs qui, à priori, ne sont pas très favorables aux libertés ? Comment des sociétés, à peine sorties d’un long hiver autoritaire, peuvent-elles choisir délibérément de plonger volontairement dans un monde où les libertés ne constituent pas une priorité ?
La réponse semble fournie par de nombreux éléments complémentaires. Les pouvoirs en place, se croyant éternels, n’ont pas préparé d’alternative démocratique. Leur méthode de gestion, étouffant tout effort de réflexion et de débat, favorise le prêt à penser, les réponses toutes prêtes, abondamment fournies par les mouvements islamistes, qui prétendent avoir les recettes à toutes les questions du monde. L’absence totale de crédibilité des anciennes structures du pouvoir, ainsi que l’image de « martyr » dont peuvent se prévaloir les islamistes au sortir de la longue nuit de clandestinité, favorisent également les islamistes. Dans un pays comme la Tunisie, Ennahdha, qui n’a jamais géré, peut se prévaloir comme alternative morale et politique à un pouvoir qui avait imposé des réseaux de type mafieux dans différents secteurs de l’économie.

Mais ce déferlement ne peut s’expliquer par la seule vague de la contestation interne. Car si tel était le cas, il y a longtemps que certains pays auraient basculé. Bien au contraire, il semble même qu’il y a une stagnation, voire un certain recul de l’islamisme dans certains pays qui s’apprêtent à basculer.
En fait, ce vaste mouvement de plongée dans l’islamisme est le résultat d’une sorte de feu vert américain, depuis que les Etats-Unis ont accepté de favoriser l’avènement de pouvoirs dits islamistes modérés, plutôt que d’endiguer inutilement ce qui apparaissait comme une lame de fond dans les sociétés musulmanes. Cette tendance s’est dessinée depuis l’échec des tentatives d’imposer la démocratie par la force, selon la ligne préconisée auparavant par George Bush, et a commencé à prendre de la consistance avec le discours prononcé par Barack Obama au Caire. Depuis, les Etats-Unis ont franchi un nouveau palier, en décidant de favoriser ce qu’ils espèrent être des pouvoirs de type turc, avec des partis brandissant l’étendard islamique, mais s’engageant progressivement dans des standards que toutes les civilisations peuvent revendiquer.

Dans son discours du Caire, Barack Obama avait défini les idées de base qui rendraient les pouvoirs islamistes acceptables : «la possibilité (pour le citoyen) de donner son avis sur la façon dont on est gouverné ; la confiance en l’Etat de droit et une administration de la justice égale pour tous ; un gouvernement transparent qui ne vole pas son peuple ; la liberté de choisir son style de vie. Ce ne sont pas seulement des idées américaines mais des droits de l’homme, et c’est pourquoi nous les soutiendrons partout », avait dit Barack Obama, précisant toutefois qu’il « n’existe pas de ligne droite pour réaliser cette promesse », ce qui laissait clairement entendre qu’on pouvait aller à la démocratie en passant par l’expérience islamiste.
C’est la nouvelle feuille de route élaborée à l’intention des pays arabes. Ceux d’Afrique du Nord y sont presque tous engagés, après un printemps qui a débouché sur un pouvoir islamiste. Mais cette fois-ci, ce n’est pas forcément une impasse. Aucun de ces pays ne semble menacé par l’irruption de nouveaux « janviéristes ». Ce qui ouvre, peut-être, la voie à un possible triomphe de la thèse de Addi Lahouari sur la régression féconde : même si ces pays, y compris l’Algérie, doivent régresser, l’accès des islamistes au pouvoir, et surtout l’exercice du pouvoir par ces mêmes islamistes, apparait comme le seul moyen d’en finir une fois pour toutes avec l’illusion islamiste.


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