A l’heure de l’information globale et instantanée et de l’utilisation de plus en plus courante, massive et simultanée de plusieurs langues, l’une des difficultés majeures rencontrée par les observateurs et les politiques réside dans le trop-plein d’informations. On croule littéralement sous la masse de nouvelles distillées de minutes en minutes et même de commentaires et d’analyses de spécialistes, de militants ou de simples citoyens. Cette surinformation et ce trop-plein d’analyses nous noient et mettent à mal nos capacités de synthèse.
La surabondance d’informations et d’analyses n’empêche pas paradoxalement l’existence de «blancs» et de zones d’ombres. Ainsi est-il relativement difficile, en dépit de tout ce qui s’écrit, se dit, s’enregistre ou se filme, de retracer fidèlement la genèse de la crise politique libyenne ou d’appréhender clairement la nature et les contours de l’opposition dans ce pays.
Sortir du dilemme
Cette contrainte objective se double d’une difficulté d’ordre politique. Comment éviter les visions manichéennes ? Pour certains, Kadhafi est le dirigeant d’un régime nationaliste dont le peuple nage en pleine félicité sociale et qui résiste depuis toujours à l’impérialisme. Il s’agit d’une sorte d’Hugo Chavez ou d’Evo Morales, voire de Fidel Castro arabe et africain. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les grandes puissances cherchent à le renverser. L’opposition, quant à elle, se réduit à une pure création des services spéciaux occidentaux. Elle ne dispose d’aucune base sociale. Il convient en conséquence de soutenir Kadhafi sans condition. Une analyse similaire était présentée à propos de la Côte d’Ivoire de Laurent G’Bagbo.
Pour d’autres en revanche, Kadhafi est un terroriste fou. A la tête d’une dictature qui ne se maintient que par une répression implacable, il cherche à instaurer une monarchie républicaine en préparant l’un de ses fils à lui succéder. Le peuple libyen n’attendait qu’une occasion pour se révolter et l’opposition, le CNT en l’occurrence, en constitue l’émanation directe et reconnue. Une version «gauche» de cette approche considère que le régime libyen s’est couché devant l’impérialisme depuis que ce dernier l’a réintégré, en 2003, au sein de la «communauté internationale». Renverser cette odieuse dictature pour instaurer la démocratie constitue dans ces conditions l’unique tâche des opposants et tout est bon pour y arriver, y compris une intervention étrangère qui protège le peuple libyen et sa résistance.
Ces deux approches contiennent chacune une part de vérité. Mais elles s’avèrent globalement fausses car elles sont unilatérales. Et leurs conclusions politiques sont extrêmement dangereuses, même si elles ne peuvent, à l’heure de l’agression de l’OTAN, être purement et simplement renvoyées dos à dos.
Sur la nature du régime libyen
Kadhafi s’empara du pouvoir en 1969, à la suite d’un coup d’Etat qui renversa le roi Idriss et la monarchie des Senoussis. A la tête d’un groupe d’officiers progressistes, anti-impérialistes et antisionistes, le jeune dirigeant nationalisa le secteur des hydrocarbures et apporta un soutien politique, matériel et financier à nombre de mouvements de libération nationale en Afrique, au Moyen-Orient et dans le monde.
Est-ce le même dirigeant et le même régime qui gouvernent à Tripoli en 2011 ? Oui, répondent paradoxalement en cœur ceux qui entendent le renverser et une partie de ceux qui le soutiennent. Une telle approche ne permet malheureusement pas d’appréhender une trajectoire forcément complexe. Une trajectoire faite de continuité et de ruptures.
L’année 2003 marque un tournant, voire une rupture dans l’histoire du régime en place en Libye. Les grandes puissances lèvent les sanctions contre le pays. En échange, Kadhafi concède des licences d’exploitations aux compagnies américaines et européennes d’hydrocarbures. En 2007, l’Italien ENI s’est adjugé des concessions jusqu’en 2042 pour 1 milliard de dollars. Kadhafi accepte par ailleurs de jouer, pour le compte de l’UE, le rôle peu glorieux de garde-frontières afin de contrer l’émigration africaine qui menace la quiétude de la «forteresse Europe». Il collabore activement à la «lutte anti-terroriste» menée par les Etats-Unis et leurs alliés, détruit ses centres de recherche nucléaire et abandonne ses projets d’acquisition de l’arme nucléaire. Il ouvre largement le marché libyen aux marchandises étrangères et accorde des contrats juteux aux multinationales. C’est l’époque ou il est reçu par les dirigeants européens dont certains deviennent ses «amis». Certains de ses enfants défraient la chronique internationale, leurs frasques s’étalant sur les colonnes de la presse people. La corruption bat alors son plein.
Voilà pour le côté rupture. Mais il ne s’agit là que d’un aspect de la politique libyenne. Car l’ouverture aux compagnies pétrolières étrangères n’empêche pas la National Oil Corporation of Libya (NOC) de conserver jusqu’à 90% du pétrole extrait, ce qui relativise quelque peu les avantages obtenus par les groupes pétroliers occidentaux. Au plan financier, la Libye n’est pas membre de la Banque des Règlements Internationaux (BRI) – Bank of International Settlements (BIS) – qui est le régulateur des Banques centrales des Etats membres et qui constitue une arme des grandes puissances qui peuvent contrôler par ce biais les finances des Etats membres. Le régime s’engage en tant qu’investisseur de premier plan dans la création d’organismes financiers de l’UA. Ces projets visent à doter le «Continent Noir» d’une autonomie plus grande vis-à-vis du système financier international : Banque africaine d’investissement basée en Libye pour financer de grands projets de développement africains, Banque centrale africaine situé à Abuja (Nigéria) et Fonds monétaire africain à Yaoundé (Cameroun) destiné à se substituer au FMI.
Grâce au Grand fleuve artificiel qui alimente le Nord du pays en eau venue du Sud grâce à un réseau de 4 000km, la Libye disposera d’une autonomie de consommation de l’or bleu de plus de 4 000 ans. Cette manne d’eau lui permet de développer son agriculture, ce qui assure à sa population relativement réduite (7 millions d’habitants) une véritable sécurité alimentaire. Sur le plan social, les Libyens bénéficient de conditions de vie (revenus, santé, logement, transport, scolarité…) des plus élevés alors que des millions d’immigrants, venus essentiellement d’Afrique et d’Asie, font tourner la machine économique. Voilà pour le côté continuité. Le tableau s’avèrerait cependant incomplet si l’on n’évoquait pas la persistance, voire l’aggravation, du caractère dictatorial du régime – interdiction stricte de toute opposition et de toute liberté de presse, de manifestation… – et son côté instable sur le plan politique régional (conflit du Sahara Occidental, Sahel, révolte Touareg…).
La surabondance d’informations et d’analyses n’empêche pas paradoxalement l’existence de «blancs» et de zones d’ombres. Ainsi est-il relativement difficile, en dépit de tout ce qui s’écrit, se dit, s’enregistre ou se filme, de retracer fidèlement la genèse de la crise politique libyenne ou d’appréhender clairement la nature et les contours de l’opposition dans ce pays.
Sortir du dilemme
Cette contrainte objective se double d’une difficulté d’ordre politique. Comment éviter les visions manichéennes ? Pour certains, Kadhafi est le dirigeant d’un régime nationaliste dont le peuple nage en pleine félicité sociale et qui résiste depuis toujours à l’impérialisme. Il s’agit d’une sorte d’Hugo Chavez ou d’Evo Morales, voire de Fidel Castro arabe et africain. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les grandes puissances cherchent à le renverser. L’opposition, quant à elle, se réduit à une pure création des services spéciaux occidentaux. Elle ne dispose d’aucune base sociale. Il convient en conséquence de soutenir Kadhafi sans condition. Une analyse similaire était présentée à propos de la Côte d’Ivoire de Laurent G’Bagbo.
Pour d’autres en revanche, Kadhafi est un terroriste fou. A la tête d’une dictature qui ne se maintient que par une répression implacable, il cherche à instaurer une monarchie républicaine en préparant l’un de ses fils à lui succéder. Le peuple libyen n’attendait qu’une occasion pour se révolter et l’opposition, le CNT en l’occurrence, en constitue l’émanation directe et reconnue. Une version «gauche» de cette approche considère que le régime libyen s’est couché devant l’impérialisme depuis que ce dernier l’a réintégré, en 2003, au sein de la «communauté internationale». Renverser cette odieuse dictature pour instaurer la démocratie constitue dans ces conditions l’unique tâche des opposants et tout est bon pour y arriver, y compris une intervention étrangère qui protège le peuple libyen et sa résistance.
Ces deux approches contiennent chacune une part de vérité. Mais elles s’avèrent globalement fausses car elles sont unilatérales. Et leurs conclusions politiques sont extrêmement dangereuses, même si elles ne peuvent, à l’heure de l’agression de l’OTAN, être purement et simplement renvoyées dos à dos.
Sur la nature du régime libyen
Kadhafi s’empara du pouvoir en 1969, à la suite d’un coup d’Etat qui renversa le roi Idriss et la monarchie des Senoussis. A la tête d’un groupe d’officiers progressistes, anti-impérialistes et antisionistes, le jeune dirigeant nationalisa le secteur des hydrocarbures et apporta un soutien politique, matériel et financier à nombre de mouvements de libération nationale en Afrique, au Moyen-Orient et dans le monde.
Est-ce le même dirigeant et le même régime qui gouvernent à Tripoli en 2011 ? Oui, répondent paradoxalement en cœur ceux qui entendent le renverser et une partie de ceux qui le soutiennent. Une telle approche ne permet malheureusement pas d’appréhender une trajectoire forcément complexe. Une trajectoire faite de continuité et de ruptures.
L’année 2003 marque un tournant, voire une rupture dans l’histoire du régime en place en Libye. Les grandes puissances lèvent les sanctions contre le pays. En échange, Kadhafi concède des licences d’exploitations aux compagnies américaines et européennes d’hydrocarbures. En 2007, l’Italien ENI s’est adjugé des concessions jusqu’en 2042 pour 1 milliard de dollars. Kadhafi accepte par ailleurs de jouer, pour le compte de l’UE, le rôle peu glorieux de garde-frontières afin de contrer l’émigration africaine qui menace la quiétude de la «forteresse Europe». Il collabore activement à la «lutte anti-terroriste» menée par les Etats-Unis et leurs alliés, détruit ses centres de recherche nucléaire et abandonne ses projets d’acquisition de l’arme nucléaire. Il ouvre largement le marché libyen aux marchandises étrangères et accorde des contrats juteux aux multinationales. C’est l’époque ou il est reçu par les dirigeants européens dont certains deviennent ses «amis». Certains de ses enfants défraient la chronique internationale, leurs frasques s’étalant sur les colonnes de la presse people. La corruption bat alors son plein.
Voilà pour le côté rupture. Mais il ne s’agit là que d’un aspect de la politique libyenne. Car l’ouverture aux compagnies pétrolières étrangères n’empêche pas la National Oil Corporation of Libya (NOC) de conserver jusqu’à 90% du pétrole extrait, ce qui relativise quelque peu les avantages obtenus par les groupes pétroliers occidentaux. Au plan financier, la Libye n’est pas membre de la Banque des Règlements Internationaux (BRI) – Bank of International Settlements (BIS) – qui est le régulateur des Banques centrales des Etats membres et qui constitue une arme des grandes puissances qui peuvent contrôler par ce biais les finances des Etats membres. Le régime s’engage en tant qu’investisseur de premier plan dans la création d’organismes financiers de l’UA. Ces projets visent à doter le «Continent Noir» d’une autonomie plus grande vis-à-vis du système financier international : Banque africaine d’investissement basée en Libye pour financer de grands projets de développement africains, Banque centrale africaine situé à Abuja (Nigéria) et Fonds monétaire africain à Yaoundé (Cameroun) destiné à se substituer au FMI.
Grâce au Grand fleuve artificiel qui alimente le Nord du pays en eau venue du Sud grâce à un réseau de 4 000km, la Libye disposera d’une autonomie de consommation de l’or bleu de plus de 4 000 ans. Cette manne d’eau lui permet de développer son agriculture, ce qui assure à sa population relativement réduite (7 millions d’habitants) une véritable sécurité alimentaire. Sur le plan social, les Libyens bénéficient de conditions de vie (revenus, santé, logement, transport, scolarité…) des plus élevés alors que des millions d’immigrants, venus essentiellement d’Afrique et d’Asie, font tourner la machine économique. Voilà pour le côté continuité. Le tableau s’avèrerait cependant incomplet si l’on n’évoquait pas la persistance, voire l’aggravation, du caractère dictatorial du régime – interdiction stricte de toute opposition et de toute liberté de presse, de manifestation… – et son côté instable sur le plan politique régional (conflit du Sahara Occidental, Sahel, révolte Touareg…).
Légitimité de la révolte populaire
Le rejet tout aussi absolu que légitime de l’agression de l’OTAN contre la Libye ne doit pas amener à ignorer, voire à dénaturer et calomnier la révolte du peuple libyen. Même si l’on admettait que la politique de Kadhafi est en rupture totale avec l’impérialisme et satisfait totalement les besoins sociaux de son peuple, on ne pourrait récuser le droit tout à fait légitime de ce peuple à vivre libre, c’est-à-dire non seulement à disposer des libertés démocratiques élémentaires, mais également à devenir le véritable et unique souverain du pays. Peut-on encore ignorer cette nécessité après avoir vu El Bachir perdre le tiers de son pays, Saddam être renversé, El Assad et le régime iranien être fortement contestés par leurs peuples, Milosevic tomber, l’URSS exploser et le Comecon se disloquer ?
Le mensonge des médias et des politiques occidentaux à propos du bombardement de civils par l’aviation libyenne peut-il justifier le refus d’accorder la moindre légitimité aux manifestants qui contestent le régime libyen ? Peut-on réduire la révolte de civils et de militaires à une pure création d’un «cabinet noir» de l’Alliance atlantique ? Comment expliquer alors que toute la Cyrénaïque échappe au contrôle du pouvoir central et que les rebelles tendent à encercler la capitale ? Encore une fois, la propagande mensongère des Américains et Européens ne peut pousser à se voiler la face. Refouler le réel ne l’empêche jamais de revenir avec une force démultipliée.
Il convient donc de reconnaître que le peuple libyen, à l’instar des autres peuples du monde arabe, aspire à la liberté et qu’une partie des habitants se sont inscrits dans le cycle de la nouvelle révolution arabe ouvert par la révolte tunisienne. La seule réponse de Kadhafi a été la répression. Qui pouvait en douter ?
Le rejet tout aussi absolu que légitime de l’agression de l’OTAN contre la Libye ne doit pas amener à ignorer, voire à dénaturer et calomnier la révolte du peuple libyen. Même si l’on admettait que la politique de Kadhafi est en rupture totale avec l’impérialisme et satisfait totalement les besoins sociaux de son peuple, on ne pourrait récuser le droit tout à fait légitime de ce peuple à vivre libre, c’est-à-dire non seulement à disposer des libertés démocratiques élémentaires, mais également à devenir le véritable et unique souverain du pays. Peut-on encore ignorer cette nécessité après avoir vu El Bachir perdre le tiers de son pays, Saddam être renversé, El Assad et le régime iranien être fortement contestés par leurs peuples, Milosevic tomber, l’URSS exploser et le Comecon se disloquer ?
Le mensonge des médias et des politiques occidentaux à propos du bombardement de civils par l’aviation libyenne peut-il justifier le refus d’accorder la moindre légitimité aux manifestants qui contestent le régime libyen ? Peut-on réduire la révolte de civils et de militaires à une pure création d’un «cabinet noir» de l’Alliance atlantique ? Comment expliquer alors que toute la Cyrénaïque échappe au contrôle du pouvoir central et que les rebelles tendent à encercler la capitale ? Encore une fois, la propagande mensongère des Américains et Européens ne peut pousser à se voiler la face. Refouler le réel ne l’empêche jamais de revenir avec une force démultipliée.
Il convient donc de reconnaître que le peuple libyen, à l’instar des autres peuples du monde arabe, aspire à la liberté et qu’une partie des habitants se sont inscrits dans le cycle de la nouvelle révolution arabe ouvert par la révolte tunisienne. La seule réponse de Kadhafi a été la répression. Qui pouvait en douter ?
L’illégitimité absolue de l’intervention militaire de l’OTAN
C’est au nom de la nécessaire protection des populations que les grandes puissances occidentales sont parties en guerre contre la Libye en mars 2011. Tout le monde aura remarqué que les Palestiniens, les Bahreïnis, les Yéménites, les Birmans, les Népalais du temps du royaume, les Colombiens, les Honduriens, les Rwandais, les Gabonais, les Tunisiens et autres Egyptiens avant la chute de Ben Ali et Moubarak ou les Sud-Africains noirs avant le démantèlement de l’apartheid n’ont jamais bénéficié d’une telle sollicitude de la part des grandes puissances.
La Résolution 1973 du Conseil de sécurité instaurant une zone d’exclusion aérienne assurée rapidement par l’aviation de l’OTAN a rapidement été violée sur le terrain au grand désespoir hypocrite de ceux qui l’avaient pourtant appelée de leurs vœux (Ligue arabe…) ou qui refusèrent d’apposer leur véto : les membres permanents du Conseil de sécurité qui s’abstinrent (Russie Chine) et les trois membres africains non-permanents du Conseil (Afrique du Sud, Nigéria, Gabon) alors que le refus de deux d’entre ces derniers aurait suffi à envoyer le texte aux oubliettes.
Depuis, l’escalade se développant, les forces de l’OTAN se sont mises à bombarder la population à partir de leurs sous-marins, avions, hélicoptères et autres drones. Kadhafi a été plusieurs fois la cible de tentatives d’assassinats qui se sont soldé par la mort de civils.
Dictant sa politique au CNT, les «alliés» ont refusé d’inviter l’UA à assister au sommet de Paris consacré au printemps dernier à la crise libyenne. De même ont-ils interdit aux Présidents africains du Panel de se rendre en Libye.
Il s’avère évident que les puissances dominantes attaquent aujourd’hui la Libye dans le but de modifier les termes des contrats pétroliers et gaziers et de ne plus payer que des droits d’exploitation symboliques. Il s’agit également de contrôler les centaines de milliards de dépôts dans les banques occidentales. Sur un plan géostratégique, la Libye peut constituer un point d’appui prenant à revers les pays qui connaissent des processus révolutionnaires (Tunisie et surtout Egypte). Une telle dimension peut particulièrement intéresser Israël dont le rapport stratégique avec Le Caire a commencé à être rogné : ouverture permanente du terminal de Rafah, problèmes d’approvisionnement en gaz, réconciliation inter-palestinienne… Cette présence menace d’autres proies alléchantes (Algérie). Il s’agit enfin d’une pénétrante menant directement au centre de l’Afrique (Sahel) et disposant d’une ouverture directe et étendue (1 800 km) sur la Méditerranée. La Libye constituerait un lieu idéal pour installer l’Africom, la force de commandement militaire américain actuellement consignée à Frankfurt… en Allemagne.
Quel sort les grandes puissances lui réservent-elles ? L’instauration d’un régime fantoche à la Karzai ? Une partition entre la riche Cyrénaïque regorgeant d’hydrocarbures et la Tripolitaine abandonnée aux partisans de Kadhafi ? Une Somalisation du pays ? Une mise sous mandat international qui reviendrait à une nouvelle colonisation ? Tout dépendra en définitive de l’attitude du peuple libyen et de sa résistance.
C’est au nom de la nécessaire protection des populations que les grandes puissances occidentales sont parties en guerre contre la Libye en mars 2011. Tout le monde aura remarqué que les Palestiniens, les Bahreïnis, les Yéménites, les Birmans, les Népalais du temps du royaume, les Colombiens, les Honduriens, les Rwandais, les Gabonais, les Tunisiens et autres Egyptiens avant la chute de Ben Ali et Moubarak ou les Sud-Africains noirs avant le démantèlement de l’apartheid n’ont jamais bénéficié d’une telle sollicitude de la part des grandes puissances.
La Résolution 1973 du Conseil de sécurité instaurant une zone d’exclusion aérienne assurée rapidement par l’aviation de l’OTAN a rapidement été violée sur le terrain au grand désespoir hypocrite de ceux qui l’avaient pourtant appelée de leurs vœux (Ligue arabe…) ou qui refusèrent d’apposer leur véto : les membres permanents du Conseil de sécurité qui s’abstinrent (Russie Chine) et les trois membres africains non-permanents du Conseil (Afrique du Sud, Nigéria, Gabon) alors que le refus de deux d’entre ces derniers aurait suffi à envoyer le texte aux oubliettes.
Depuis, l’escalade se développant, les forces de l’OTAN se sont mises à bombarder la population à partir de leurs sous-marins, avions, hélicoptères et autres drones. Kadhafi a été plusieurs fois la cible de tentatives d’assassinats qui se sont soldé par la mort de civils.
Dictant sa politique au CNT, les «alliés» ont refusé d’inviter l’UA à assister au sommet de Paris consacré au printemps dernier à la crise libyenne. De même ont-ils interdit aux Présidents africains du Panel de se rendre en Libye.
Il s’avère évident que les puissances dominantes attaquent aujourd’hui la Libye dans le but de modifier les termes des contrats pétroliers et gaziers et de ne plus payer que des droits d’exploitation symboliques. Il s’agit également de contrôler les centaines de milliards de dépôts dans les banques occidentales. Sur un plan géostratégique, la Libye peut constituer un point d’appui prenant à revers les pays qui connaissent des processus révolutionnaires (Tunisie et surtout Egypte). Une telle dimension peut particulièrement intéresser Israël dont le rapport stratégique avec Le Caire a commencé à être rogné : ouverture permanente du terminal de Rafah, problèmes d’approvisionnement en gaz, réconciliation inter-palestinienne… Cette présence menace d’autres proies alléchantes (Algérie). Il s’agit enfin d’une pénétrante menant directement au centre de l’Afrique (Sahel) et disposant d’une ouverture directe et étendue (1 800 km) sur la Méditerranée. La Libye constituerait un lieu idéal pour installer l’Africom, la force de commandement militaire américain actuellement consignée à Frankfurt… en Allemagne.
Quel sort les grandes puissances lui réservent-elles ? L’instauration d’un régime fantoche à la Karzai ? Une partition entre la riche Cyrénaïque regorgeant d’hydrocarbures et la Tripolitaine abandonnée aux partisans de Kadhafi ? Une Somalisation du pays ? Une mise sous mandat international qui reviendrait à une nouvelle colonisation ? Tout dépendra en définitive de l’attitude du peuple libyen et de sa résistance.
L’opposition, Cheval de Troie de l’intervention étrangère
La révolte du peuple libyen, même limitée, contre le régime autocratique de Kadhafi est donc légitime. Notons au passage que les révoltes qui secouent le monde arabe depuis la fin 2010 touchent plus particulièrement des autocraties : Tunisie, Egypte, Yémen, Bahreïn, Syrie, Libye... Elles contestent davantage les dictateurs en chef que les dictatures. Cela permet au personnel politique de ces dernières de se maintenir totalement ou partiellement au pouvoir lorsque le dictateur tombe (Ben Ali, Moubarak) et d’assurer les «transitions démocratiques». Cela permet également le non démantèlement des appareils de répression : police politique, milices diverses…
La légitimité de la révolte populaire ne peut toutefois se transmettre mécaniquement à l’opposition libyenne car la légitimité politique s’acquiert par des actes et non par des discours. Les forces politiques se jugent à leurs actes et non à leurs déclarations d’intention. Or, si l’on doit absolument faire preuve de réserve du fait de la difficulté à appréhender la nature de mouvements et personnalités très disparates qui la composent, il est évident que cette opposition a, dans une large mesure et assez rapidement, abdiqué toute autonomie par rapport aux grandes puissances de l’OTAN et à leurs alliés arabes (Qatar, Emirats arabes unis, Arabie Saoudite…).
Après avoir récusé toute forme d’intervention étrangère, le Conseil national de transition (CNT) a demandé un appui aérien avant d’appeler à un appui au sol (présence de forces spéciales et de conseillers militaires, largages d’armes…) et un soutien financier accordé par le Groupe de contact qui a créé un «fonds spécial».
Dirigé par des transfuges du régime Kadhafi et des avocats, professeurs et autres universitaires… le CNT est contraint de multiplier les gestes politiques et de brader à l’avance les richesses minières et financières du pays. Il refuse ainsi jusqu’à aujourd’hui toute solution négociée proposée par l’UA, la Turquie, la Russie ou les pays d’Amérique latine. De même a-t-il transmis un message oral au gouvernement israélien en vue de l’informer de son intention d’entretenir des relations normales avec lui. Ces propos de Bernard Henri Lévy ainsi que la rumeur d’établissement d’une base militaire israélienne en Libye n’ont pas été démenties par le CNT.
Au plan économique, le CNT aurait créé la Libyan Oil Company (LOC) destinée à se substituer à la NOC, cette dernière devant être privatisée. La LOC concèdera les licences à des conditions avantageuses aux compagnies étrangères des pays qui ont pris part à l’agression (Grande-Bretagne, France, Etats-Unis) au détriment d’autres compagnies (Russie, Chine…). Le CNT a également créé la Central Bank of Libya. Parrainée par des cadres de HSBC, elle sera chargée, sous la houlette de ses protecteurs occidentaux, de gérer les 200 milliards de dollars de réserves libyennes actuellement gelées par les Etats-Unis et leurs alliés.
Nul doute que la «reconstruction» de la Libye permettra aux Etats agresseurs de replacer leurs multinationales respectives sur le juteux marché local, de se partager les richesses naturelles du pays, d’y écouler leurs marchandises et de se payer avec l’argent libyen. Le Conseil de sécurité est bien un lieu où les grandes puissances capitalistes négocient le partage du monde en zones d’influence.
La révolte du peuple libyen, même limitée, contre le régime autocratique de Kadhafi est donc légitime. Notons au passage que les révoltes qui secouent le monde arabe depuis la fin 2010 touchent plus particulièrement des autocraties : Tunisie, Egypte, Yémen, Bahreïn, Syrie, Libye... Elles contestent davantage les dictateurs en chef que les dictatures. Cela permet au personnel politique de ces dernières de se maintenir totalement ou partiellement au pouvoir lorsque le dictateur tombe (Ben Ali, Moubarak) et d’assurer les «transitions démocratiques». Cela permet également le non démantèlement des appareils de répression : police politique, milices diverses…
La légitimité de la révolte populaire ne peut toutefois se transmettre mécaniquement à l’opposition libyenne car la légitimité politique s’acquiert par des actes et non par des discours. Les forces politiques se jugent à leurs actes et non à leurs déclarations d’intention. Or, si l’on doit absolument faire preuve de réserve du fait de la difficulté à appréhender la nature de mouvements et personnalités très disparates qui la composent, il est évident que cette opposition a, dans une large mesure et assez rapidement, abdiqué toute autonomie par rapport aux grandes puissances de l’OTAN et à leurs alliés arabes (Qatar, Emirats arabes unis, Arabie Saoudite…).
Après avoir récusé toute forme d’intervention étrangère, le Conseil national de transition (CNT) a demandé un appui aérien avant d’appeler à un appui au sol (présence de forces spéciales et de conseillers militaires, largages d’armes…) et un soutien financier accordé par le Groupe de contact qui a créé un «fonds spécial».
Dirigé par des transfuges du régime Kadhafi et des avocats, professeurs et autres universitaires… le CNT est contraint de multiplier les gestes politiques et de brader à l’avance les richesses minières et financières du pays. Il refuse ainsi jusqu’à aujourd’hui toute solution négociée proposée par l’UA, la Turquie, la Russie ou les pays d’Amérique latine. De même a-t-il transmis un message oral au gouvernement israélien en vue de l’informer de son intention d’entretenir des relations normales avec lui. Ces propos de Bernard Henri Lévy ainsi que la rumeur d’établissement d’une base militaire israélienne en Libye n’ont pas été démenties par le CNT.
Au plan économique, le CNT aurait créé la Libyan Oil Company (LOC) destinée à se substituer à la NOC, cette dernière devant être privatisée. La LOC concèdera les licences à des conditions avantageuses aux compagnies étrangères des pays qui ont pris part à l’agression (Grande-Bretagne, France, Etats-Unis) au détriment d’autres compagnies (Russie, Chine…). Le CNT a également créé la Central Bank of Libya. Parrainée par des cadres de HSBC, elle sera chargée, sous la houlette de ses protecteurs occidentaux, de gérer les 200 milliards de dollars de réserves libyennes actuellement gelées par les Etats-Unis et leurs alliés.
Nul doute que la «reconstruction» de la Libye permettra aux Etats agresseurs de replacer leurs multinationales respectives sur le juteux marché local, de se partager les richesses naturelles du pays, d’y écouler leurs marchandises et de se payer avec l’argent libyen. Le Conseil de sécurité est bien un lieu où les grandes puissances capitalistes négocient le partage du monde en zones d’influence.
La clé du conflit
Régime de Kadhafi, CNT et OTAN, tels sont les principaux acteurs politiques du conflit. Il s’agit d’une équation à trois acteurs. La politique à trois est un jeu où celui qui se retrouve seul face aux deux autres perd pratiquement à tous les coups. C’est le cas, actuellement, du régime de Kadhafi. Une partie du peuple libyen peut éventuellement sympathiser avec lui. Mais la dépolitisation générale voulue et systématiquement organisée par le régime pour se maintenir en place, la corruption et la répression implacable ne poussent pas cette population à franchir le pas pour transformer cette sympathie en engagement politique et, surtout, militaire actif.
Le régime libyen étant prêt à une démocratisation – Saïf el Islam Kadhafi a déclaré en juin que le pouvoir acceptait l’organisation d’élections générales sous contrôle extérieur – une partie de l’opposition refusant toute intervention militaire étrangère pourrait passer un pacte avec lui afin de démocratiser l’Etat tout en exigeant l’arrêt de l’agression de l’OTAN. C’est la seule possibilité de réintroduire l’arme décisive qui ferait pencher la balance en défaveur des agresseurs. Cette arme, c’est le peuple libyen qui ne se mobilisera que s’il y trouve un intérêt et que cette perspective l’exalte. Ce n’est qu’à cette condition qu’il consentira aux nécessaires sacrifices pour la libération du pays. Une telle opposition existe-t-elle ? Rien n’est moins sûr.
La dernière leçon concerne le monde arabe et l’Afrique qui sont humiliés et en voie de recolonisation. Voilà où mène la politique des dirigeants de ces zones. Il est temps que les peuples réinvestissent la scène politique (comme en Tunisie, en Egypte et ailleurs) pour imposer les trois vrais principes du peuple que sont l’indépendance nationale, la justice sociale et la démocratie politique.
Régime de Kadhafi, CNT et OTAN, tels sont les principaux acteurs politiques du conflit. Il s’agit d’une équation à trois acteurs. La politique à trois est un jeu où celui qui se retrouve seul face aux deux autres perd pratiquement à tous les coups. C’est le cas, actuellement, du régime de Kadhafi. Une partie du peuple libyen peut éventuellement sympathiser avec lui. Mais la dépolitisation générale voulue et systématiquement organisée par le régime pour se maintenir en place, la corruption et la répression implacable ne poussent pas cette population à franchir le pas pour transformer cette sympathie en engagement politique et, surtout, militaire actif.
Le régime libyen étant prêt à une démocratisation – Saïf el Islam Kadhafi a déclaré en juin que le pouvoir acceptait l’organisation d’élections générales sous contrôle extérieur – une partie de l’opposition refusant toute intervention militaire étrangère pourrait passer un pacte avec lui afin de démocratiser l’Etat tout en exigeant l’arrêt de l’agression de l’OTAN. C’est la seule possibilité de réintroduire l’arme décisive qui ferait pencher la balance en défaveur des agresseurs. Cette arme, c’est le peuple libyen qui ne se mobilisera que s’il y trouve un intérêt et que cette perspective l’exalte. Ce n’est qu’à cette condition qu’il consentira aux nécessaires sacrifices pour la libération du pays. Une telle opposition existe-t-elle ? Rien n’est moins sûr.
La dernière leçon concerne le monde arabe et l’Afrique qui sont humiliés et en voie de recolonisation. Voilà où mène la politique des dirigeants de ces zones. Il est temps que les peuples réinvestissent la scène politique (comme en Tunisie, en Egypte et ailleurs) pour imposer les trois vrais principes du peuple que sont l’indépendance nationale, la justice sociale et la démocratie politique.








La décision prématurée sur les gaz non-conventionnels

