La Nation - Hebdomadaire Algérien

Numéro 101

Edition du 01 au 07 Mai 2013



Le ministre, le juge et le psy: Par delà le deuil et la jubilation

Salima Ghezali
Mercredi 8 Août 2012

« Le son de nos paroles
Frappe les oreilles
Le maitre est à l’intérieur.
Ne croyez pas qu’un homme
Puisse apprendre quelque chose
D’un autre homme.
Nous pouvons vous avertir
En faisant du vacarme avec notre voix,
S’il n’ya pas à l’intérieur
Quelqu’un pour vous instruire,
C’est en vain que nous faisons du bruit. »

Saint-Augustin.



Le déséquilibre croissant entre sociétés ouvertes et sociétés fermées, dont le volet technologique est l’aspect le plus visible, a atteint au plan des attitudes et des comportements et même des sensibilités un seuil probablement irréversible. La formidable prouesse technologique de « CURIOSITY  » se posant sur la planète Mars en est l’aspect le plus immédiatement perceptible. Des hommes préparent la vie après la fin de la Terre en prenant d’assaut le cosmos. En s’appuyant sur la science pour se  projeter toujours plus loin. Aussi simplement, méthodiquement, que cela. Jamais pourtant le sentiment qu’il s’agît là d’une victoire américaine et non d’une victoire de l’humanité n’a été aussi légitime. Il est bien loin le fameux : «  un petit pas pour l’homme, un pas de géant pour l’humanité » qui avait accompagné Amstrong foulant le sol de la lune. A titre d’exemple (donnant la mesure du dérisoire), on peut juste signaler notre propre cas de société qui se révèle politiquement incapable d’assumer son  aptitude scientifique à déterminer les dates de début et de fin de Ramadan. Comment se revendiquer des conquêtes de l’Humanité si nous en refusons la science dans le seul périmètre où s’exprime publiquement et massivement notre liberté? Et cela uniquement pour maintenir intacte la vanité du pouvoir de décision ou des alignements théologico-politiques des potentats en place ! Pour ne pas charger inutilement les religieux, qui ne peuvent pas faire mieux que les autres clercs, il suffit d’évaluer l’importance de l’approche prospective scientifique dans les autres secteurs d’activités. En commençant par s’assurer que les responsables désignés à des postes stratégiques répondent bien aux critères de compétence et de loyauté requis pour la survie d’un pays.

 Au plus fort de la globalisation marchande, les avancées de certaines sociétés ne peuvent plus être regardées comme celles de toute l’humanité. Par simple réalisme. Ce qui induit un bouleversement des habitudes de penser auquel rien ne concourt objectivement. Pourtant, la survie (y compris physique) des sociétés politiquement arriérées est au prix de l’évaluation la plus juste de leur position sur l’échiquier global. Et des chances, et conditions, de son dépassement. Que leurs élites en viennent à faillir (qui rime avec trahir) et c’est le souvenir même de leur passage, un jour, sur terre qui est à tout jamais effacé. Deux moments forts de communication globale le signifient symboliquement. D’un côté les cérémonies d’ouverture  des jeux olympiques, de Pékin puis de Londres, qui ont clairement donné, à chaque fois, à voir l’inscription particulière d’une nation-civilisation dans l’Histoire. Et de l’autre, la démolition des sites historiques dans les conflits. Des Boudas de Bamian en Afghanistan au saccage du musée de Bagdad jusqu’aux attaques récentes contre les mausolées de Tombouctou. Sans bien-sur oublier ce monument de dramatisation politico-médiatique qu’a été la mobilisation autour du musée du Caire en pleine « révolution » égyptienne. Entre les prouesses et la profondeur historique des célébrations olympiques des uns, et l’anomie destructrice dans laquelle sont projetés les autres, il ya ce moment  de basculement intermédiaire de « printemps arabe » dont l’observation la plus rigoureuse ouvre et ferme les portes du salut. Qui  suppose d’abord le pouvoir et la faculté de juger.


Une rigueur d’entomologiste

Toujours en provenance d’Amérique des articles de presse attirent régulièrement l’attention sur les Drones. D’abord pour annoncer les nouvelles technologies dans ce domaine particulier. Ensuite pour soulever les problèmes que cette nouvelle technologie soulève et les réponses qui doivent être trouvées. On apprend ainsi que ces drones dont une simplification (abusive) du langage a fait des « avions sans pilote » sont pourtant conduits à distance par des pilotes dont la carrière, la responsabilité juridique et l’équilibre psychologique font l’objet non seulement d’une grande attention de la part de leur hiérarchie mais également d’une information pour le grand public. On peut diversement apprécier et interpréter le fait que des hommes reçoivent des médailles de guerre pour avoir touché des cibles sur des « terrains » où ils n’ont jamais mis les pieds, ou le fait que soit débattue et prise en compte leur responsabilité juridique dans les bavures et crimes commis à l’autre bout du monde et en leur absence physique. Mais le plus déstabilisant est bien l’accompagnement psychologique  dont font l’objet ces hommes dont la mission est de tuer de sang-froid d’autres hommes après les avoir longuement observés dans leur vie de tous les jours. En aucune manière une société qui observe sa propre manière de faire la guerre et qui en tire-à vif- les conclusions juridiques, éthiques, administratives et politiques ne peut-être l’égale d’une société où l’on s’obstine à ne rien reconnaître, à ne rien juger et à ne rien anticiper. En un mot à ne rien savoir. Pas même qu’à ce niveau d’écart  de développement… nous sommes tous des afghans.


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