La Nation - Hebdomadaire Algérien

Numéro 101

Edition du 01 au 07 Mai 2013



Les évènements du monde arabe

Redressement révolutionnaire ?

Mohamed Khalfaoui
Mardi 23 Août 2011



Contexte générale

En 1989, le vent de la démocratie souffla en Europe de l’Est entrainant la chute d’un symbole entre les deux blocs, le Mur de Berlin. L’Europe n’est plus divisée en deux. Cet événement, les Allemands l’on appelé Die Wende « le tournant ». En décembre 1991, Gorbatchev signa la fin de l’Empire soviétique, l’URSS implose et, du communisme, les Etats du Pacte de Varsovie se convertissent au système démocratique et à l’économie libérale, la Guerre froide est finie… une époque est révolue. Contrairement à l’URSS où une tentative de remise en question du processus d’ouverture par un éphémère coup d’Etat (20 – 21 aout 1991) qui amena les conjurés les uns au suicide les autres en prison, les armées de l’ancien bloc socialiste ne se manifestèrent pas.

Les années 1980 témoignent également du retrait, en Amérique latine, des régimes autoritaires au profit de la démocratisation de leurs sociétés. Au Chili, le général Pinochet remit le pouvoir au président élu en 1990.

L’Afrique se met à l’air du temps et prend le tournant dés 1990, suite à l’allocution du président français François Mitterrand à la Baule, le 20 juin 1990 et dans laquelle il donne le coup d’envoi au changement : « Il nous faut parler de démocratie. C'est un principe universel qui vient d'apparaître aux peuples de l'Europe centrale comme une évidence absolue au point qu'en l'espace de quelques semaines, les régimes, considérés comme les plus forts, ont été bouleversés […] cette révolution des peuples, la plus importante que l'on eut connue depuis la Révolution française de 1789, va continuer. […] Il faut bien se dire que ce souffle fera le tour de la planète ». Les Etats africains amorcent le processus de démocratisation à travers des conférences nationales mais, et malgré le rejet des coups d’Etat par l’UA en 1999, leurs armées continuent à intervenir soit par le parrainage de candidat à la magistrature suprême soit par coups d’Etat (en 2008, la junte militaire en Mauritanie prend le pouvoir suite à un putsch ; en 2009 en Guinée Conakry). Dans d’autres cas, et pour ne pas être en porte-à-faux avec la décision de l’UA, se sont les constitutions qui sont réadaptées pour permettre aux dirigeants de durer au pouvoir (Tunisie, Cameroun, Algérie, Niger,…), ce qui fut appelé le coup d’Etat constitutionnel. La réflexion de feu Omar Bongo résume le reste : « en Afrique, on n'organise pas des élections pour les perdre ».

Hormis l’Algérie, le monde arabe resta figé, non concerné par le futur. En effet, dés l’année 1988, seul l’Algérie s’engage dans un processus démocratique qui malheureusement ne s’achèvera pas et pour cause, le parti dissout FIS dans un mouvement insurrectionnel, poussait vers la déstabilisation du pays ; tous les pays frontaliers, tous les pays de la Ligue arabe voyaient d’un mauvais œil ce choix qui, par contagion, pouvait mettre fin à leurs pouvoirs mal acquis. Tout comme chez les pays cités plus haut, l’armée algérienne s’impliqua dans le changement en se retirant du comité central du parti unique, le FLN et en donnant ensuite le libre choix à son personnel lors des consultations populaires. Malgré l’arrêt du processus électoral, le président L. Zeroual maintint le principe de démocratisation qu’il renforça en 1996 par la limitation du nombre de mandats présidentiels.

Ainsi, dés les années 1980, les pays du monde dans leur majorité se prêtaient à l’ouverture émancipatrice de leurs sociétés. Le monde arabe restait à l’écart, les évènements qui s’y déroulaient favorisaient le maintien du statu quo. A l’époque, la situation en Algérie n’encourageait pas à suivre le chemin de démocratisation et l’écrasement de l’Irak par les coalisés pour ‘’libérer’’ le Koweït en 1991 divisait les rangs arabes. Son envahissement ensuite (en 2001) par les USA et le Royaume-Uni était la préoccupation majeure des peuples arabes. De ce fait, jusqu’à l’année 2011, les pouvoirs arabes restaient encore fermés malgré les signes de dégénérescence émis par leurs systèmes politiques: bilans non satisfaisants ; orientations en décalage avec les exigences des sociétés ; corruption et, après l’unanimisme, perversion de ces systèmes, on assiste à un glissement vers des républiques héritières.

La gestion des révolutions arabes

Aujourd’hui, les sociétés arabes qui revendiquent des changements subissent, comme de coutume, la violence de leurs pouvoirs. L’enjeu de ces contestations peut se résumer par : le bannissement de cette dialectique infernale entre les pouvoirs et leurs sociétés par l’ouverture de canaux de communication pour dire son mécontentement sans risque de mourir ; la fin du népotisme et du clientélisme, lit de la corruption et de l’exclusion.

Les réactions des pouvoirs arabes se ressemblent. De l’amélioration du pouvoir d’achat aux démonstrations de force à travers le déploiement de tous les moyens de répression, les pouvoirs en place sont déterminés à semer la terreur pour assurer la pérennité de leurs systèmes ankylosés et par la même assurer à leurs rejetons la jouissance du pouvoir. Matraquage, enlèvements, fusillades aveugles, franc-tireurs juchés sur les toits, véhicules de police écrasant des manifestants,chars protégeant des fantassins contre on ne sait qui, à l’assaut d’on ne sait quoi, bombardements à l’artillerie lourde relayée par endroit par des chasseurs-bombardiers (MIG21 et SU24)… spectacles lamentables d’Etats en guerre contre leurs peuples, diffusées à travers les chaines satellitaires.

En Tunisie d’où la flamme était partie, l'immolation de Mohamed Bouazizi, prend la forme de prière pour conjurer le triste sort des peuples arabes et une offrande aux dieux pour libérer les champs d’expression et bannir, par la même, l’exclusion qui suggère la recherche d’un futur, même hypothétique, ailleurs.

Les services de renseignement, omniprésents au sein de la société et au niveau du pouvoir ont certainement informé de l’émergence de cette nouvelle génération arabe aux aspirations démocratiques, ouverte sur le monde extérieur ainsi que de la nouvelle configuration de leurs sociétés, n’est-ce pas leur rôle ? Les pouvoirs arabes n’avaient-ils pas toute la latitude pour anticiper les contestations par la mise en œuvre de réformes, même partielles, susceptibles d’épargner à leurs armées toute confrontation avec les manifestants, d’éviter l’effusion de sang, les désertions et le deuil à leurs sociétés? Ont-ils sous-estimé la capacité de leurs peuples à s’émanciper ? N’ont-ils pas perçu la mutation des rapports des sociétés à leurs pouvoirs depuis les générations postindépendances ?

L’engagement des armées arabes face aux soulèvements populaires diffère d’un pays à l’autre. En Tunisie par exemple, si la police mettait à épreuve tout son savoir en matière de répression, l’armée au contraire, se voulait plutôt rassurante et n’a pas économisé ses efforts pour stopper les « baltaguia tunisiens ».

En Egypte, comme en Tunisie, les manifestants furent aveuglément contrés par les différentes polices. L’armée déployée dans les rues n’intervint pas. Toutefois, d’aucuns ont remarqué la mobilisation du président américain B. Obama qui suivait les évènements et intervenait après chaque sortie de H. Moubarak pour menacer de geler les subventions dont profite l’armée égyptienne en particulier. De toute évidence, la jeunesse égyptienne était décidée à en découdre définitivement avec le régime et le Raïs n’avait d’autre choix que la démission.

Au-delà des évènements, il y a lieu de s’interroger, d’une part, sur la nature d’une armée entretenue par une puissance étrangère, de surcroit, alliée indéfectible de l’ennemi historique, l’Etat d’Israël, d’autre part, dans ces conditions nouvelles, les USA continueront-ils à inhiber cette armée dont la neutralisation a toujours représentée l’axe d’effort principal d’Israël dans sa stratégie de survie ?

Qu’en est-il des autres armées arabes?
  • L’état-major de l'armée syrienne dont le beau-frère de Béchar, Assef Chawkat (61ans) en est le 2eme homme,est en grande partie issu de la minorité alaouite. La Garde Républicaine (formée en 1976) et la IVème division blindée majoritairement alaouites, sont commandées par le frère du président, le général Maher Assad (43ans). La répression aveugle contre le peuple syrien est menée par ces unités en collaboration avec  les services de sécurité dirigés par Hafez Makhlouf,  cousin du président.
     
  • La Libye dispose en fin de compte de deux armées. L’une conventionnelle marginalisée, l’autre formée de brigades dites de sécurité commandée par, Khmis, le fils du Guide, suréquipée pour ses missions. Elle emploie des libyens et des mercenaires. Ces brigades sont chargées par le guide de nettoyer la Libye « zenga zenga ».
    Lors des bombardements des villes par l’aviation (MIG21 et SU24), les révolutionnaires libyens encadrés par des officiers de l’armée régulière, ripostèrent en lançant des missiles sol-air SAM6, réputés pour être très efficaces, ils n’atteignirent aucune cible. De même, la défense aérienne n’a pas inquiétée l’aviation de la coalition qui continue à bombarder Tripoli. Matériel vieilli, mal entretenu, désuet, visiblement la Libye n’est pas dans les préoccupations de Kadhafi.
     
  • La protection américaine en contre partie de l’approvisionnement en pétrole saoudien à prix modérés instaurée par le pacte Roosevelt-Ibn Saoud de 1945, renouvelé en 2005 laissait penser que le royaume wahhabite réduirait les dépenses militaires. Ce n’est pas le cas. L’Arabie saoudite continue d’acquérir du matériel de guerre américain à coup de milliards de dollars. Contre qui ? Israël ne peut s’inquiéter, il sait de quoi il s’agit. Mais, avec les révolutions qui s’opèrent dans la région et qui ne manqueront pas de réviser les alliances, la période à venir pour les monarchies arabes est incertaine. le roi d’Arabie, après avoir tenté vainement de venir en aide à Moubarak, envoya la troupe au Bahreïn pour mater le soulèvement populaire.

    Par ailleurs, les seuls pouvoirs qui se sont soulevés ouvertement contre le Hizbou Allah lors de la guerre contre Israël, la veille du déclenchement des hostilités furent : l’Arabie saoudite, la Jordanie et l’Egypte.
 
  • Au Yémen, dés les premiers mois, l’armée enregistre d’importantes défections dans ses rangs. Ces soldats déclarent soutenir les manifestants dans leurs revendications. Cette hémorragie dans les rangs de l’armée yéménite a amené le chef d’état-major à rappeler au commandement le serment de fidélité… à la personne du président de la république.

    Les armées syrienne, libyenne, yéménite et bahreïni ont interloqué les observateurs par l’usage des armes de guerre tout calibre confondu contre les manifestants. Le monde est resté dubitatif face à la férocité dont elles font preuve contre leurs peuples. Ces peuples arabes attendaient, espéraient l’intervention de la Ligue arabe pour stopper les effusions de sang, et la Ligue arabe confirma son inaptitude. Les yeux se sont alors rivés sur les chaines TV étrangères où leurs supplices quotidiens sont diffusés, commentés et suivis, où les ONG étrangères dénoncent les répressions et appellent à la mobilisation de l’opinion publique occidentale. 
Ainsi, les armées arabes sont apparues dans des rôles de répression, traditionnellement dévolus à des polices antiémeutes, taches à risques dans les conflits à teinte tribale ou confessionnelle.

Les fissures déclarées au sein des armées de ces oligarchies (autre résultat lamentable des dictateurs) révèlent non seulement le clanisme du pouvoir mais aussi l’absence d’éthique militaire sous une hiérarchie dont la légitimité se trouve, par endroit, controversée. Ce constat amer permettra-t-il  la prise en charge de ces graves disfonctionnements ? Pourra-t-il inciter à une redéfinition du rôle des armées au sein de leurs Etats dans le contexte de cette reconfiguration stratégique régionale ?

A bien observer l’évolution du monde arabe depuis les indépendances, sa position géographique et la modestie de ses diverses productions et contributions, la modestie de ses ambitions, on est tenté de penser que pris un à un, ces pays ne peuvent représenter aucune menace extérieure et ne peuvent, non plus, craindre aucune. Pris dans sa globalité, il est désigné ennemi d’Israël. Cette entité, forte de l’appui de l’Occident et du soutien indéfectible des États-Unis d’Amérique, est sortie vainqueur dans ses deux guerres (1967 et 1973) face aux armées arabes. Le déséquilibre évident des rapports de force imposa aux Etats arabes la résolution onusienne exigeant d’eux la reconnaissance de l’Etat sioniste et de ce dernier le retour aux frontières de 1967. Cette résolution est mise en exécution selon le principe de « la paix contre la restitution des territoires occupés ».

Les frontières israélo-égyptienne et israélo-jordanienne sont pacifiées depuis les traités de paix signés au lendemain des accords de Camp David en 1979 pour la partie égyptienne et le 26 octobre 1994 dans la ville frontière de Wadi Araba pour la partie jordanienne. En 2006, après la guerre contre le Hizbou Allah, Israël sécurisa sa frontière Nord. Qu’en est-il aujourd’hui, du processus de négociation Israélo-syrien par l’intermédiaire de la Turquie ? Par la signature de ces traités,les pouvoirs arabes mettent fin aux guerres conventionnelles contre Israël. L’une des conséquences de cette capitulation est la remise en cause du panarabisme et de l’Etat nation au profit d’une certaine tendance islamiste.

Les évènements que vit le monde arabe et qui marquent, sans conteste, la fin d’une époque, laissent entrevoir déjà des réorientations des alliances qui suscitent des inquiétudes au sein de certaines monarchies du Golfe. Cette reconfiguration stratégique régionale qui se profile, n’a pas laissé non plus Israël et son armée dans l’indifférence. Le premier ministre israélien menace « l’armée israélienne est prête à toutes les éventualités car nous savons que le fondement de notre existence et notre capacité à convaincre nos voisins de vivre en paix avec nous sont basés  sur l’armée israélienne »      (Le Point  du 14/02/2011).

Partenariat de défense ?

Les guerres arabo-israéliennes, la guerre des Malouines (1982), la guerre du Golfe (1991)contre la meilleure armée arabe et les attaques de l’OTAN contre la Serbie (1999) ainsi que le conflit opposant la Libye au Tchad sur la bande d’Awzou avec l’intervention militaire de la France en faveur des troupes tchadiennes (1987), auront montré que sans technicité et sans un partenariat engagé pour compenser la supériorité technologique éventuelle, les systèmes d’armes acquis par les pays du tiers monde sont nuls ou incertains autant que leurs concepts de défense.
Depuis le 17 mars 2011, et dés leur première intervention, les forces de l’OTAN survolent le territoire libyen, en bombardant des cibles militaires sans que les défenses aériennes acquises à des prix faramineux ne puissent interdire l’approche, ni égratigner un appareil ennemi ! Tout comme en 1991 lorsque la coalition écrasa au sol, et en toute quiétude, la meilleur armée arabe. Deux opérations militaires menées par l’armée israélienne en terre arabe, dévoilent la défaillance des systèmes de sécurité et de surveillance des pays arabes : en septembre 2007, des F15 et des F16 israéliens ont pu s'enfoncer sur plus de 350 kilomètres à l'intérieur du territoire syrien, bombarder un site supposé nucléaire … sans que la défense aérienne syrienne ne réagisse… ni les médias ; la destruction en toute impunité du site nucléaire irakien par l’aviation israélienne avec la participation française (1981)… Autant d’expériences et de déroutes qui remettent en question tous les schémas de riposte, des stratégies de défense et de partenariat qui ne manqueront certainement pas d’imposer aux nouveaux régimes une réflexion profonde sur le devenir de ce géant potentiel, le monde arabe.

Les opinions exprimés dans cet article n’engagent que l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de La Nation



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