La Nation - Hebdomadaire Algérien

Numéro 101

Edition du 01 au 07 Mai 2013



Les trop… pics du cancer

Madjid Khelassi
Mardi 1 Novembre 2011



44000 nouvelles personnes sont atteintes  de différents cancers chaque année.

Sur 28000 cas nécessitant radio et chimiothérapie, seuls 8000  sont pris en charge. Et pour corser le tout, 80% des malades atteints d’un cancer décèdent avant la date de leur premier rendez-vous de soins.
Les chiffres donnent le tournis et les médecins sont en face d’un dilémne sans pourquoi : annoncer au patient qu’il est atteint d’un cancer et l’informer qu’il ne sera pas pris en charge dans les délais.
Choper le cancer quand l’hôpital se meurt est le dernier circuit en classe tout risque que propose l’Algérie du pétrole fumant et des hôpitaux mouroirs.

Au CPMC de Mustapha l’hôpital, les anges ont les mains nues et la chimio le visage du monstre.
Le cancer, faiseur d’orphelins des temps modernes, se promène comme il veut .Il s’insinue dans le blanc des blouses et via le blues des malades.  C’est une futaie dévorante, un néant terrifiant, une morsure définitive. Ah le cancer ! Cet intime ennemi !
Sitôt le diagnostic connu, les libations tonnent et le cerveau bascule. Et la tétanie est maitresse du corps et de l’esprit. Du coup tout ne s’énonce qu’en passé et présent impossible.  L’avenir lui est déchiqueté par le diagnostic.

Alors commence la galère de se prendre en charge, se faire hospitaliser, se faire traiter, se faire « chimiothérapiser ».Et pour les plus chanceux, une admission, voire une intervention …
Il est 13 h au pavillon des cancéreux, la nouba des visites bat son plein, la condition humaine ou plutôt paria vogue entre morphine et antispasmodique. Le goutte à goutte de la perfusion se mêle aux salamalecs des visites. Et les antiseptiques se frottent aux effluves des plaies neuves dans l’air saturé d’un hôpital détraqué.

Ce jour là coïncide avec un raout : le collectif autonome des résidents vient de tenir au CPMC, un rassemblement de soutien aux malades cancéreux. Le mot d’ordre : Permettre aux patients l’accès aux soins de la chimio et radiothérapie.
Belle œuvre de solidarité malheureusement sans incidence immédiate sur la santé de leur patient vu que ça ne dépend en rien d’eux.

La technostructure  qu’est le ministère  est aux antipodes de leurs soucis. Le cancer n’est pas un fond de commerce a dit le Wazir qui abuse des avatars et des discours antinomiques avec la pratique médicale.
Il est 16 h  le centre Pierre et Marie Curie se vide de ses visiteurs .La promesse d’une aube meilleure hante chaque malade. Le silence s’empare des lieux, il agresse dru les ventricules d’un cœur palpitant d’où partent des lignes fragiles.

Le nouveau locataire du corps est un étau qui prend chaque malade à la gorge. Le corps à corps commence et  avec lui l’obsession de s’en sortir, de contrecarrer un destin qui vous zippe l’espoir en un tour presque farcesque.

Nuits agitées, matins brouillés, jeu de simulation d’une vie normale qui se heurte à la réalité du mal.
Le temps et l’espace expient et  dans la friche des cœurs se tapit la nouvelle douleur. Etrange basculement d’une existence à une autre.
Totalement personnelle, individuelle, la maladie interroge en permanence, les gestes remplacent les mots qui n’approfondissent pas l’acceptation de cette terreur inattendue.
Dans les salles du pavillon, malades anciens et nouveaux partagent une vie arrêtée dans l’échec d’un chimio et le cafard des week-ends olivâtres.

On raconte ça et là qu’il faut patienter 9 mois à l’hôpital de Ouargla pour avoir un rendez-vous de soins. L’envie de se battre se fracasse dans l’écho d’un rendez-vous qui ne vient jamais.
Sur les tables de chevet des malades sont griffonnés des mots, des noms…Mémoires de survivants ou souvenir du désespoir ? L’altération des êtres est une éructation permanente.
La nuit tombe sur le CPMC que le génie populaire nomme : Cimetière Prévu pour les Malades du Cancer.

L’état via son ministre charlatan promet de mettre tout en œuvre pour « remédier » à ça. Entre temps (et pendant le délai d’attente d’un soin anti-cancer à l’hôpital de Ouargla qui est de 9 mois), 35000 autres malades du cancer viendront grossir les rangs d’une catégorie de malades que  l’Algérie fait plus courir que guérir.
Les pics jamais atteints par le cancer chez nous n’émeuvent pas ceux qui  soignent leurs dents à Genève, Paris, et autres.
Sauf que ça a du changer à ce qu’il parait : Les consultations stomatologiques et médicales des dignitaires seront suivis d’une consultation judiciaire. !!! C’est nouveau comme dirait Coluche mais la guérison est garantie !


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