La Nation - Hebdomadaire Algérien

Numéro 101

Edition du 01 au 07 Mai 2013



Lettre ouverte

Comité des scientifiques
Mardi 6 Septembre 2011



Lettre Ouverte
A Son Excellence le Président de la République
A Mr. le Chef du Gouvernement
A Mr. le Ministre des Affaires Religieuses
A Monsieur le Président du Haut Conseil Islamique
A Mr. le Ministre de l’Enseignement Supérieur
A Mr. le Président de l'Assemblée Nationale Populaire
Aux Scientifiques et Intellectuels Algériens
A tous nos concitoyens doués de raison
 
Si la Science n’a plus de Valeur, qu’on cesse de Former et d’Employer des Scientifiques !
Pour tout contact: sciencealgerie@gmail.com
Nous venons de vivre une situation incroyable que jamais nous ne pensions voir se dérouler en Algérie et au 21esiècle. Les officiels, menés par le ministre des affaires religieuses, ont fait célébrer l'Aïd aux citoyens sur la base proclamée haut et fort de « l’observation » d'un croissant qui n’était pas dans le ciel ; c’est le seul pays musulman a avoir commis une telle offense cette année et de manière publique, insultant la science et l’intelligence du peuple!
Nous Algériens de la génération de l'indépendance, pensions que notre pays était un peu une exception parmi les nations, son Etat forgé dans le feu de l'action révolutionnaire et dont le but était d'emblée d'établir un état moderne doté d'institutions respectables et pérennes en phase avec le progrès humain mondial. Cette Algérie, alors un des pays les plus importants et les plus ambitieux du « Tiers Monde », exécutait un grand programme de développement socio-économique et surtout humain, avec la formation dans le pays et à l’étranger de dizaines de milliers de chercheurs au plus haut niveau mondial de toutes sciences.
A quelques jours de la rentrée universitaire et ses 1.4 millions d'étudiants, ne somme nous pas fiers d'avoir sans doute le plus fort taux d'étudiants par nombre d'habitants du continent ainsi que des dizaines de milliers d'enseignants et chercheurs, de nombreux centres de recherche et de laboratoires…
Tout cela devrait se refléter à tous les niveaux de décision, et une situation incongrue où l'Aïd El-Fitr est proclamé sur la base de « l’observation » d'un croissant inexistant ne devrait jamais avoir lieu. Ceci se produit pourtant quasiment chaque année, mais cette fois d’une manière fort dramatique. L'Algérie mérite mieux que d’être traitée comme un quelconque pays archaïsant et en marge du progrès scientifique et humain.
 
Un Affront à la Science et à la Raison
Ainsi, une institution de l'Etat présidée par le Ministre des Affaires Religieuses en personne se permet de décréter en direct, devant des millions de nos concitoyens et d’observateurs du monde, une contrevérité bafouant les faits scientifiques qui avaient pourtant été communiqués à ces officiels. Comment une instance de l'Etat se permet de faire fi des données certaines et établies par une autre instance de l'Etat, le CRAAG (pourtant représentée dans le « Comité des Croissants »), la même instance qui fournit les horaires des prières durant toute l’année au ministère et au peuple? Le CRAAG avait pourtant explicitement mentionné dans son communiqué que le croissant allait se coucher avant le Soleil dans la partie nord de l'Algérie et que de manière générale le croissant sera inobservable en Algérie? Sans parler de l'avis d'experts reconnus de part le monde qui abondaient dans le même sens et qui avaient été cités par la presse nationale et internationale.
Ne nous méprenons pas, la question va bien au-delà de savoir si on aurait dû célébrer l'Aïd le Mardi au lieu du Mercredi. Comme expliqué en appendice, il aurait été possible de célébrer l'Aïd le Mardi par une approche jurisprudentielle cohérente, comme l'on fait d'autres pays. Il s'agissait d'être conséquent avec soi même et de respecter des faits, et ultimement de respect de la science, des experts, des instances nationales et internationales et des citoyens Algériens!
Ainsi l'Arabie Saoudite qui a célébré l'Aïd le Mardi 30 Août sur la base d'une observation prétendue du croissant, n'a pas eu l'outrecuidance d'accepter des témoignages d’observation de croissant sous l'horizon. Son comité formé de personnalité religieuses sans compétence scientifique particulière a simplement argumenté que le croissant demeurant une minute au dessus de l'horizon après le coucher du Soleil, il était potentiellement visible de personnes dotées d'une super-acuité visuelle, même si cela est incompatible avec ce que nous savons en Astronomie de la visibilité d'un croissant. Les autres pays arabes n'ont fait qu'emboiter le pas de l'Arabie Saoudite pour diverses raisons.
Nous, nous avons fait bien pire que tous les pays arabes et musulmans, nous avons entériné l'observation d'un croissant sur la base d'un "miracle", d'un croissant sous l'horizon dans deux des wilayas citées dans le communiqué du Comité ! De ce fait, l'Algérie fait office de lanterne rouge par rapport au monde musulman, et son peuple de dindon de la farce, et cela nous ne saurions l'accepter.
 
Ce que Nous Réclamons
Il faut mettre en place une commission d’enquête pour décider qui a commis une faute grave. Les experts qui se sont prononcés à l'unisson avec le CRAAG sur l'invisibilité du croissant avaient-ils raison ou non, le cas échéant ils doivent être proprement censurés et sanctionnés ; si leur science n’est pas fiable, que cela soit proclamé, que les lieux où ces observations miracles se font deviennent des hauts lieux de pèlerinage et que les universités et les centres de recherche soient fermés !
Si par contre le « Comité des Croissants » sous la houlette du Ministre a fait preuve d’incompétence et d’insouciance en acceptant l’observation d’un croissant invisible contre les avis des experts qui s’étaient prononcés et étaient là pour donner les faits, les conséquences doivent en être tirées par les hautes instances de l'Etat. Il y va de la légitimité de l'Etat qui ne saurait s'absoudre de la responsabilité qu'une de ses instances entre en conflit flagrant avec les grands principes de la Nation, qui a opté résolument pour  des institutions modernes en accord avec le progrès humain universel, et s'appuyant résolument sur la science.
Une telle commission d'enquête, impartiale et constituée de personnalités respectées, devra établir les faits et tirer des conclusions claires sur les graves erreurs qui ont été commises et leurs responsables.
Faute d’une telle rectification qui serait tout à honneur à l’Algérie (comme Oman l’a fait il y a quelques années), nous scientifiques et spécialistes reconnus dans les sciences astronomiques et physiques, non seulement disons haut et fort que nous ne sommes pas responsables de cette situation insultante et embarrassante, mais de plus refusons de cautionner un tel mode d’opération; nous refuserons à l’avenir de collaborer avec ces instances de toute manière qui soit et appelons tous nos collègues à faire de même jusqu'à ce que l’on revienne à la cohérence et à la raison.
 
Appendice
 Les Options qui étaient possibles pour la Date de l’Aïd
Résumons d’abord les faits astronomiques. Dans la moitié nord de l’Algérie (et du monde musulman), la lune se couchait (le lundi 29 Août) avant le Soleil. Dans la partie sud de l’Algérie (en dessous de Ghardaïa) et du monde musulman, la lune se couchait après le soleil mais avec un délai trop court (moins de 20 minutes au maximum) pour permettre une observation, que ce soit à l’œil nu ou au télescope. Ce n’est que dans la partie tout au sud de l’Afrique que le croissant pouvait être vu, et uniquement au télescope, et en Amérique du Sud que le croissant pouvait se voir soit à l’œil nu, soit au télescope.
Donc, pour résumer, les fouqahas avaient trois choix logiques possibles:
1) Se baser sur la présence du croissant dans le ciel dans une région ou une autre – mais sans possibilité d’observation – le lundi 29 et décréter l’Aïd pour le Mardi 30, et dans ce cas c’est un critère de calendrier purement astronomique qu’on adopte (ce que font la Turquie et la Malaisie, par exemple) ;
2) Accepter la possibilité d’une observation au télescope au sud de l’Afrique ou à l’œil nu au sud du continent américain le lundi 29 et décréter l’Aïd pour le Mardi 30, encore que cette seconde option supposait qu’on n’attendrait pas la confirmation d’une observation (compte tenu du décalage horaire), et qu’on ne se basait que sur la possibilité d’une observation. C’est cette dernière solution qu’a retenu le Conseil Européen de Fatwa et de Recherche, même s’il n’a pas explicitement reconnu ce dernier point concernant la possibilité (uniquement) d’observation.
3) insister sur une observation locale et accepter que le croissant ne pouvait être vu le Lundi 29, donc l’Aïd ne pouvait être que le Mercredi 31 ; c’est ce qu’a conclu Oman, qui a annoncé une semaine avant cela qu’il n’y allait y avoir aucune campagne d’observations le 29 Août, et que le Ramadan allait avoir 30 jours et l’Aïd célébrée le 31 Août.
L'Algérie a quant elle optée pour une "quatrième voie" incohérente et en opposition complète avec les données scientifiques.  
 
 
 Liste Préliminaire des Signataires
de la Présente Lettre Ouverte
  (Cette liste sera mise à jour au fur et à mesure de nouveaux endorsements sur le site: https://sites.google.com/site/sciencealgerie )
Pour tout contact: sciencealgerie@gmail.com
 
-Prof .Jamal Mimouni, Université de Constantine, Coordonnateur de l'Ecole Doctorale d'Astrophysique, Vice Président de l'Union Arabe d'Astronomie et des Sciences de l'Espace.
-Prof.Nidhal Guessoum, Astrophysicien, American University of Sharjah, Vice Président ICOP, anciennement Directeur de l'Institut de Physique, Univ. de Blida
-Prof. Abdelhamid Bouldjedri, Directeur de Laboratoire, Univ. de Batna, Responsable scientifique du Projet de l'Observatoire des Aurès.
-Dr. Toufik Abdelatif, Astrophysicien, Directeur de Recherche, Président du Conseil Scientifique du CRAAG, Alger
-Prof. Réda Attallah, Astrophysicien, Directeur de Recherche, Université de Annaba
-Dr.Ilias Fernini, Professor of Physics and Astronomy, Univ of Emirates, UAE.
-Dr. Karim Méziane, Astrophysicien, University of New Brunswick, Canada
-Prof Hacène Hachemi, Astrophysicien, responsable du Master Sciences de l'Espace, Université de Sétif
-Prof.Noureddine Mebarki, Directeur de Labo de Physique Subatomique, Univ. de Constantine
-Dr.Amel Ait El-Djoudi, Physicienne Théoricienne; ENS de Kouba, Alger
-Dr. Toufik A. Mostefaoui, Astrophysicien, Université de Béjaïa
-Prof. Achour Benslama, Directeur de Recherche en Physique Théorique, Univ.de Constantine
-Prof. Moulay Said, Directeur de Recherche en Mathématique, Univ. de Bab Ezzouar, Alger
-Dr Zitouni Hannachi, Astrophysicien, Université de Médéa
 
Tous ceux qui veulent joindre leur nom à la liste peuvent le faire en nous écrivant à : sciencealgerie@gmail.com
En précisant leur institution d’affiliation et leur fonction.
Une liste mise à jour sera mise en ligne sur le site


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Ahmed Selmane | 20/03/2012 | 4245 vues
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