La Nation - Hebdomadaire Algérien

Numéro 101

Edition du 01 au 07 Mai 2013



M. Belkhadem est un précieux personnage

Abed Charef
Mardi 19 Juin 2012

La vie politique du pays se réduit aux bagarres entre dirigeants du FLN. En ce cinquantième anniversaire de l’indépendance, c’est bien triste.



M. Belkhadem est un précieux personnage
La photo a créé le buzz. Elle montre un jeune homme, présenté comme le fils de Abdelaziz Belkhadem, aux prises avec une personne plus âgée, qui serait membre du comité central du FLN. La photo aurait été prise en marge de la réunion du comité central du FLN, qui a failli dégénérer à la suite de l’intervention d’opposants qui voulaient destituer M. Belkhadem. L’explication musclée révélée par la photo, où un jeune homme agresse une personne plus âgée, a choqué nombre d’Algériens.

Des photos similaires, publiées par des journaux dits populaires, ont montré des scènes relevant du même contenu hautement politique. On y voit des dirigeants du parti le plus célèbre d’Algérie, abandonnant toute retenue, oubliant toute dignité, en venir aux mains pour trancher dans ce qui aurait pu être des conflits politiques. L’affrontement a confirmé la dérive des mœurs politiques dans le pays, ainsi que le peu de scrupules dont font preuve des dirigeants assumant des charges au plus haut niveau de l’Etat.

De manière plus générale, les déboires du FLN ont occupé la scène pendant tout un mois. Partira ? Partira pas ? Entre les menaces des opposants, qui promettaient de destituer M. Belkhadem, et les assurances de ses partisans, qui assuraient contrôler les rênes du parti, l’Algérie a ainsi vécu une période post-électorale très particulière. Les contestataires affirmaient détenir le nombre suffisant de signatures pour organiser un putsch anti-Belkhadem, pendant que les fidèles du secrétaire général du FLN affichaient leur certitude de rester en poste, ce qui brouillait le jeu.

Et ça continue. M. Belkhadem promet maintenant de sévir. Il a mené la barque jusqu’aux élections, il a survécu à la tourmente, mais maintenant qu’il est sûr de sa victoire, il veut marquer son territoire, sévir contre ses ennemis, ceux qui voulaient l’éliminer à deux ans des présidentielles, alors que se prépare la succession de M. Abdelaziz Bouteflika.

Toute cette agitation, plus proche du mauvais théâtre que de la politique, a-t-elle pour autant été totalement inutile ? N’a-t-elle servi à rien, sinon à révéler la déliquescence d’un pays où le parti qui vient de remporter les élections se trouve en proie à une crise burlesque ? N’a-t-elle servi qu’à noircir davantage un sigle chargé d’histoire, au moment où l’Algérie s’apprête à célébrer le cinquantième de son indépendance ?

En fait, vue sous un autre angle, la crise du peut en fait révéler une fonctionnalité et une utilité indéniables. Elle a en effet servi de souk politique pour détourner l’attention des grands dysfonctionnements institutionnels du pays. Car pendant que les Algériens suivaient le feuilleton ridicule des luttes internes au FLN, ils oubliaient une constitution inexistante, un chef de l’Etat absent, un premier ministre qui n’en est plus un, et d’un gouvernement qui ne sert plus à grand-chose.

Parler de Belkhadem, c’est oublier Bouteflika. Or, le chef de l’Etat a de nouveau disparu des écrans radar. Depuis sa fameuse déclaration à la veille des élections législatives sur le fameux « tab djenanou », il n’a pas eu d’activité significative, alors que le pays, à l’arrêt, exige une gestion très dynamique. La conjoncture internationale, avec une instabilité en Tunisie, en Libye, une grave crise au Mali, entre autres, demande une présence très exigeante.

Sur un autre plan, le chef de l’Etat est le garant du bon fonctionnement des institutions. Son inaction provoque inévitablement une paralysie institutionnelle. L’esprit de la Constitution exige de lui une série de mesures, qui auraient du être prises dès le lendemain des élections : changer de premier ministre, en confiant le gouvernement au parti supposé avoir remporté les élections, mettre fin aux fonctions des ministres qui ont affirmé leur volonté de quitter l’exécutif par discipline partisane, remplacer éventuellement les ministres qui ont choisi d’être députés, etc.

M. Ouyahia, quant à lui, ne sait plus s’il est premier ministre ou non. Et jusqu’à quand il va le rester. Fragilisé par son échec électoral, il risque de devenir un simple fonctionnaire, sans aucun pouvoir, s’il reste au gouvernement. Lui-même était si convaincu de la fin imminente de son gouvernement qu’il a s’est allé à des déclarations inhabituelles pour lui. Depuis, il garde le silence, comme si son sort avait été révisé.

Cette impression de vacance du pouvoir va évidemment s’aggraver à la faveur de l’été puis du Ramadhan, période durant laquelle l’Algérie est traditionnellement à l’arrêt. Seule la célébration du cinquantième anniversaire de l’indépendance et l’attente des résultats du bac semblent d’ailleurs maintenir le pays en vie. Tout le reste est en mode veille, selon une formule qui fait fureur sur internet.

Dans un climat pareil, quand la vie politique est inexistante, et quand la vie institutionnelle est réduite à un désert, quand le débat économique se réduit à la seule gestion de la rente que constituent les réserves de change, toute agitation est la bienvenue. Elle donne l’illusion de l’existence d’une vie politique. C’est toute l’utilité du FLN et de M. Belkhadem, qui devient un personnage précieux, en cette veille du cinquantième anniversaire de l’indépendance.


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