Des autonomistes avaient manifesté vendredi à Benghazi pour appeler au boycott de l'élection.Photo Esam Al-Fetori Reuters
Les dirigeants occidentaux et leurs médias s’entêtent à nous vendre l’image d’une Libye volant de succès en succès à la suite de l’intervention militaire de l’OTAN et de ses alliés arabes (Qatar, Arabie saoudite…) contre le régime de Kadhafi. Dernière séquence de cette transaction à sens unique, celle d’un pays globalement calme et tranquille où les élections à la Constituante du 7 juillet dernier auraient vu, en toute logique, la victoire des « libéraux » sur les islamistes. Le peuple libyen serait donc en train de construire pas à pas la démocratie.
Mais derrière l’écran de ce théâtre d’ombres, on reconnaît aisément les scénaristes européens et américains et l’on devine tout aussi aisément les financiers qataris et saoudiens de la cérémonie. Car la réalité s’avère beaucoup moins idyllique que le conte pour enfants décliné par des médias repus et aux ordres.
Mais derrière l’écran de ce théâtre d’ombres, on reconnaît aisément les scénaristes européens et américains et l’on devine tout aussi aisément les financiers qataris et saoudiens de la cérémonie. Car la réalité s’avère beaucoup moins idyllique que le conte pour enfants décliné par des médias repus et aux ordres.
Côté jardin, « Tout va très bien, madame la Marquise »
Les dirigeants des grandes puissances impérialistes (G7) ont effectivement de quoi être satisfaits. La production pétrolière, objet premier de leurs désirs, a retrouvé son niveau d’avant la « révolution du 17 février ». Elle tourne aujourd’hui aux alentours de 1,5 million de barils de pétrole par jour pour le plus grand bonheur des compagnies étrangères (occidentales et arabes) qui se partagent le gâteau libyen. Des groupes d’autonomistes ou de mécontents armés ont bien perturbé, durant deux jours, les terminaux pétroliers situés à l’Est du pays. Mais cela n’a pas duré et les exportations ont pu reprendre depuis.
Autre motif de satisfaction : les élections se sont tenues dans les régions du Nord. Il semble, même s’il convient de rester prudent, que les appels au boycott du scrutin n’aient pas été massivement suivis. Troisième motif de contentement, le taux de participation de 62 % annoncé par la Commission électorale est appréciable, s’il se confirme.
Enfin, last but not least, le scénario inespéré s’est réalisé. Contrairement à la Tunisie, à l’Egypte et au Maroc, le scrutin libyen n’a pas débouché sur une victoire des islamistes. Ce sont les « libéraux », espèce que nous pensions, naïvement, inconnue au pays de Kadhafi, qui triomphent ! La conclusion, non énoncé officiellement, coule de source. Si vous voulez que les élections débouchent sur une victoire des « libéraux » donc des démocrates, et non un régime théocratique, demandez une intervention militaire de l’OTAN…
Autre motif de satisfaction : les élections se sont tenues dans les régions du Nord. Il semble, même s’il convient de rester prudent, que les appels au boycott du scrutin n’aient pas été massivement suivis. Troisième motif de contentement, le taux de participation de 62 % annoncé par la Commission électorale est appréciable, s’il se confirme.
Enfin, last but not least, le scénario inespéré s’est réalisé. Contrairement à la Tunisie, à l’Egypte et au Maroc, le scrutin libyen n’a pas débouché sur une victoire des islamistes. Ce sont les « libéraux », espèce que nous pensions, naïvement, inconnue au pays de Kadhafi, qui triomphent ! La conclusion, non énoncé officiellement, coule de source. Si vous voulez que les élections débouchent sur une victoire des « libéraux » donc des démocrates, et non un régime théocratique, demandez une intervention militaire de l’OTAN…
Côté cour, le pays se disloque
Mais derrière ce décor planté par les journaux et télévisions occidentaux, la réalité libyenne s’avère beaucoup plus prosaïque. La production pétrolière a certes retrouvé son niveau d’avant la crise libyenne, mais le pays, du moins dans certaines régions comme celle de Syrte qui fut dévastée par les bombardements de l’OTAN, n’a pas achevé sa reconstruction et certaines zones de la ville dévastées par les combats restent en l’état.
La sécurité constitue un autre problème majeur du pays. Chaque ville, chaque quartier, chaque village possède sa propre milice armée. Les affrontements entre ces milices ou entre tribus sont quotidiens dans l’ouest du pays. Dans le Sud, les observateurs du scrutin n’ont pu se rendre dans la région de Koufra afin de surveiller un scrutin dont rien n’assure qu’il s’est effectivement tenu. Les autorités centrales du Conseil national de transition (CNT) n’ont pas réussi, jusqu’ici, à désarmer à réinsérer les dizaines et les dizaines de milliers d’hommes en armes qui se proclament tous anciens combattants de la révolution. Derrière la façade centrale et nationale apparaît une réalité atomisée où des chefs de guerre voire des chefs de bande se disputent le pouvoir local. L’aptitude des milices locales à stopper les exportations de pétrole dans l’Est du pays illustre leur capacité de nuisance.
L’idéologie néolibérale répandue au cours des dernières années du règne de Kadhafi fait l’apologie de la réussite et de l’enrichissement individuel. Les groupes armés formés de jeunes qui ont baigné dans cette atmosphère sont tentés de « réussir » par la voie des armes. D’où la multiplication des trafics qui n’épargnent aucun secteur (armes, marchandises, drogue, voire sans doute trafic d’êtres humains…). Les bandes armées peuvent également vendre leurs services – et par là même leur pays – à des compagnies venues piller les richesses pétrolières du pays et qui sont prêts à payer pour assurer le pompage du fuel.
L’armement désordonné et éclaté de la population favorise par ailleurs le règlement de vieux ou de nouveaux conflits d’ordre tribal et l’instauration d’une nouvelle oppression sur des populations civiles désarmées.
La sécurité constitue un autre problème majeur du pays. Chaque ville, chaque quartier, chaque village possède sa propre milice armée. Les affrontements entre ces milices ou entre tribus sont quotidiens dans l’ouest du pays. Dans le Sud, les observateurs du scrutin n’ont pu se rendre dans la région de Koufra afin de surveiller un scrutin dont rien n’assure qu’il s’est effectivement tenu. Les autorités centrales du Conseil national de transition (CNT) n’ont pas réussi, jusqu’ici, à désarmer à réinsérer les dizaines et les dizaines de milliers d’hommes en armes qui se proclament tous anciens combattants de la révolution. Derrière la façade centrale et nationale apparaît une réalité atomisée où des chefs de guerre voire des chefs de bande se disputent le pouvoir local. L’aptitude des milices locales à stopper les exportations de pétrole dans l’Est du pays illustre leur capacité de nuisance.
L’idéologie néolibérale répandue au cours des dernières années du règne de Kadhafi fait l’apologie de la réussite et de l’enrichissement individuel. Les groupes armés formés de jeunes qui ont baigné dans cette atmosphère sont tentés de « réussir » par la voie des armes. D’où la multiplication des trafics qui n’épargnent aucun secteur (armes, marchandises, drogue, voire sans doute trafic d’êtres humains…). Les bandes armées peuvent également vendre leurs services – et par là même leur pays – à des compagnies venues piller les richesses pétrolières du pays et qui sont prêts à payer pour assurer le pompage du fuel.
L’armement désordonné et éclaté de la population favorise par ailleurs le règlement de vieux ou de nouveaux conflits d’ordre tribal et l’instauration d’une nouvelle oppression sur des populations civiles désarmées.
Des « libéraux » sortis de la cuisse de Jupiter
La dialectique de l’histoire a souvent permis à des pays « retardataires » d’effectuer des bonds en avant et de venir contester, au moins dans certains domaines, la prééminence des pays dominants. C’est ainsi que la minuscule et pauvre Cuba, soumise à un embargo inhumain depuis plus de cinquante ans, affiche des résultats supérieurs aux plus grandes puissances capitalistes mondiales en matière d’indices de développement humain : santé, éducation, recherche…
Mais ces pays ont fait des prodiges sur la base de puissants mouvements populaires endogènes qui ont libéré les énergies créatrices et favorisé des avancées remarquables. Mais d’où sortent ces « libéraux » libyens que nous vantent, sans retenue aucune, dirigeants et médias occidentaux et leurs relais médiatiques et politiques dans notre propre pays ?
Certes, le chef de la « coalition libérale » dénommée Alliance des forces nationales (AFN), est l’archétype du libéral. Après avoir obtenu ses diplômes de sciences économiques et politiques dans l’Egypte de Sadate (1975), Mahmoud Djibril a étudié puis enseigné à l’université de Pittsburg (Etats-Unis). Il enseignait la planification stratégique, sujet sur lequel il aurait, si l’on en croît Wikipédia publié pas moins de dix livres ! Idéologiquement et politiquement armé, il aurait réintégré sa terre natale pour, toujours selon la même source, officier « dans le régime de Kadhafi à la tête du bureau du développement économique national, un organisme chargé de mener les réformes économiques » libérales comme ne l’indique pas l’encyclopédie en ligne… Un tel profil et un tel parcours, que l’on connaît dans nombre de nos pays, a permis à Mahmoud Djibril de réformer l’affreuse économie étatisée de Libye et de miner de l’intérieur le régime. C’est donc naturellement que le CNT, soutenu par les puissances impérialistes, nomma ce jeune technocrate très certainement « apolitique » au poste de chef du gouvernement provisoire. C’est cet homme qui sera en contact permanent avec les Sarkozy, Obama, Berlusconi, Cameron et autre Merkel, durant les longs mois de l’offensive contre le régime de Kadhafi.
Personne ne peut donc douter du caractère libéral, sur le plan économique, du futur chef de gouvernement libyen, si la tendance annoncée par les dirigeants occidentaux se confirme. Il convient cependant de préciser que les islamistes, que l’on nous présente comme les adversaires des « libéraux », ne sont pas moins libéraux en matière économique. Soutenus par le Qatar et l’Arabie saoudite, ils défendent depuis toujours l’économie de marché et la coopération privilégiée avec les puissances économiques du Nord capitaliste.
On nous permettra toutefois, sur un plan politique, d’être plus circonspects quant au caractère libéral des 65 partis de la coalition de Mahmoud Djibril. Ce dernier s’est en effet lui-même empressé de déclaré que son alliance n’était ni libérale ni laïque et qu’elle respectait la loi islamique. Les médias internationaux ne pouvaient par ailleurs masquer le fait qu’une grande partie des 3 700 candidats à la députation défendaient des programmes d’inspiration religieuse. On est loin des courageux démocrates libéraux laïcs triomphant de l’hydre intégriste ! La question des sièges réservés aux femmes a d’ailleurs provoqué quelques tensions. Enfin, Djibril a proposé la formation d’un gouvernement d’union nationale intégrant toutes les forces politiques du pays…
La victoire annoncée des « libéraux », qui demande confirmation par une Commission électorale qui assurait lundi que tout cela n’était que spéculation, ne devrait cependant pas être remise en cause, la population ayant certainement agi par sentiment légitimiste en votant pour ceux qui avaient déjà le pouvoir et les moyens financiers permettant peut-être de stabiliser le pays et d’assurer sa sécurité.
La décision du CNT d’ôter à la prochaine Assemblée « constituante » sa prérogative de désigner les membres du comité chargé de rédiger la future constitution prouve que le pouvoir issu du scrutin du 7 juillet sera obligé de composer avec la multitude de pouvoirs locaux. Sous le vernis démocratique libéral formel chanté à l’unisson à Washington, Londres, Paris, Berlin et Bruxelles apparaît la réalité d’une société libyenne reposant sur des structures tribales et patriarcales, une société régionalisée à l’extrême et menacée d’explosion. L’élection à la Constituante s’est faite sur une base proportionnelle avec 100 sièges pour l’Ouest, 60 pour l’Est et 40 pour le Sud. Mais c’est un nouveau scrutin qui sera chargé de désigner 20 membres de l’Ouest, 20 de l’Est et 20 du Sud pour former le comité d’élaboration de la prochaine constitution.
Le peuple libyen n’est pas au bout de ses peines.
Mais ces pays ont fait des prodiges sur la base de puissants mouvements populaires endogènes qui ont libéré les énergies créatrices et favorisé des avancées remarquables. Mais d’où sortent ces « libéraux » libyens que nous vantent, sans retenue aucune, dirigeants et médias occidentaux et leurs relais médiatiques et politiques dans notre propre pays ?
Certes, le chef de la « coalition libérale » dénommée Alliance des forces nationales (AFN), est l’archétype du libéral. Après avoir obtenu ses diplômes de sciences économiques et politiques dans l’Egypte de Sadate (1975), Mahmoud Djibril a étudié puis enseigné à l’université de Pittsburg (Etats-Unis). Il enseignait la planification stratégique, sujet sur lequel il aurait, si l’on en croît Wikipédia publié pas moins de dix livres ! Idéologiquement et politiquement armé, il aurait réintégré sa terre natale pour, toujours selon la même source, officier « dans le régime de Kadhafi à la tête du bureau du développement économique national, un organisme chargé de mener les réformes économiques » libérales comme ne l’indique pas l’encyclopédie en ligne… Un tel profil et un tel parcours, que l’on connaît dans nombre de nos pays, a permis à Mahmoud Djibril de réformer l’affreuse économie étatisée de Libye et de miner de l’intérieur le régime. C’est donc naturellement que le CNT, soutenu par les puissances impérialistes, nomma ce jeune technocrate très certainement « apolitique » au poste de chef du gouvernement provisoire. C’est cet homme qui sera en contact permanent avec les Sarkozy, Obama, Berlusconi, Cameron et autre Merkel, durant les longs mois de l’offensive contre le régime de Kadhafi.
Personne ne peut donc douter du caractère libéral, sur le plan économique, du futur chef de gouvernement libyen, si la tendance annoncée par les dirigeants occidentaux se confirme. Il convient cependant de préciser que les islamistes, que l’on nous présente comme les adversaires des « libéraux », ne sont pas moins libéraux en matière économique. Soutenus par le Qatar et l’Arabie saoudite, ils défendent depuis toujours l’économie de marché et la coopération privilégiée avec les puissances économiques du Nord capitaliste.
On nous permettra toutefois, sur un plan politique, d’être plus circonspects quant au caractère libéral des 65 partis de la coalition de Mahmoud Djibril. Ce dernier s’est en effet lui-même empressé de déclaré que son alliance n’était ni libérale ni laïque et qu’elle respectait la loi islamique. Les médias internationaux ne pouvaient par ailleurs masquer le fait qu’une grande partie des 3 700 candidats à la députation défendaient des programmes d’inspiration religieuse. On est loin des courageux démocrates libéraux laïcs triomphant de l’hydre intégriste ! La question des sièges réservés aux femmes a d’ailleurs provoqué quelques tensions. Enfin, Djibril a proposé la formation d’un gouvernement d’union nationale intégrant toutes les forces politiques du pays…
La victoire annoncée des « libéraux », qui demande confirmation par une Commission électorale qui assurait lundi que tout cela n’était que spéculation, ne devrait cependant pas être remise en cause, la population ayant certainement agi par sentiment légitimiste en votant pour ceux qui avaient déjà le pouvoir et les moyens financiers permettant peut-être de stabiliser le pays et d’assurer sa sécurité.
La décision du CNT d’ôter à la prochaine Assemblée « constituante » sa prérogative de désigner les membres du comité chargé de rédiger la future constitution prouve que le pouvoir issu du scrutin du 7 juillet sera obligé de composer avec la multitude de pouvoirs locaux. Sous le vernis démocratique libéral formel chanté à l’unisson à Washington, Londres, Paris, Berlin et Bruxelles apparaît la réalité d’une société libyenne reposant sur des structures tribales et patriarcales, une société régionalisée à l’extrême et menacée d’explosion. L’élection à la Constituante s’est faite sur une base proportionnelle avec 100 sièges pour l’Ouest, 60 pour l’Est et 40 pour le Sud. Mais c’est un nouveau scrutin qui sera chargé de désigner 20 membres de l’Ouest, 20 de l’Est et 20 du Sud pour former le comité d’élaboration de la prochaine constitution.
Le peuple libyen n’est pas au bout de ses peines.




La décision prématurée sur les gaz non-conventionnels

