La Nation - Hebdomadaire Algérien

Numéro 101

Edition du 01 au 07 Mai 2013



Morsi défie le pouvoir des généraux

Heba Saleh
Mardi 10 Juillet 2012



Morsi défie le pouvoir des généraux
Mohamed Morsi à un rassemblement électoral

Mohamed Morsi, le président nouvellement élu de l'Egypte, a défié dimanche l'autorité des puissants généraux du pays quand il a ordonné au Parlement dissous de se réunir de nouveau, défiant un ordre militaire.

La décision place le nouveau président, qui a été investi la semaine dernière, sur un cours de collision avec le puissant Conseil Suprême des Forces armées, l'organisme qui a dirigé le pays depuis le soulèvement de l'année dernière contre Hosni Moubarak l'ancien président.

Le CSFA, qui regroupe les généraux supérieurs du pays, a appelé à une réunion de crise dimanche soir en réponse au décret de M. Morsi. Tard la nuit dernière, la télévision d'état a rapporté que le CSFA ne ferait pas des remarques sur la décision de M. Morsi.

Le Parlement, dominé par les Islamistes du parti de la Liberté et de la Justice, le bras politique des Frères Musulmans et par des Salafistes ultraconservateurs, était la première assemblée démocratiquement élue de l’Egypte en plus de 60 ans.

La Cour Constitutionnelle Suprême, l'autorité légale la plus haute dans le pays, a jugé le mois dernier que le système électoral était injuste et discriminatoire contre des candidats indépendants sans affiliation de parti.

L'armée a ordonné que l'assemblée soit dissoute et les troupes ont entouré le bâtiment interdisant l'entrée aux législateurs. Le CSFA a aussi repris des pouvoirs législatifs parlementaires, y compris le droit de voter le budget.

On a vu la dissolution de l'assemblée comme faisant partie d'une lutte de pouvoir entre - le groupe des Frères Musulmans autrefois hors-la-loi, la force montante du pays et les militaires qui ont monopolisé la politique depuis 1952.

Dimanche le président a aussi ordonné que de nouvelles élections parlementaires soient tenues 60 jours après que le pays ait approuvé par référendum une nouvelle constitution, qui est actuellement rédigée par un jury dominé par des Islamiste choisis par l'assemblée dissoute.

 "Morsi veut affirmer ses fonctions et l'affirmer même agressivement," a déclaré Shadi Hamid, le directeur de recherche à Brookings Doha. "Il n'agit pas comme s'il est un président faible. Je pense que pour le CSFA le problème ne sera pas tellement ce qui a été fait, à savoir que le Parlement sera rétabli pendant six mois jusqu'à ce que les élections aient été tenues, mais que cela a été fait unilatéralement. Ceci prive aussi le CSFA du pouvoir législatif. Cela signifie que les Frères auront le contrôle tant législatif qu'exécutif, donc ceci est très important pour les Frères."

Le jury lui-même fait face à un défi légal et un tribunal doit décider de sa légitimité en septembre. La Chambre Haute du Parlement, aussi contrôlée par les Islamistes, est la cible d'un autre défi légal.

La décision de M. Morsi d'ordonner des élections suggère une tentative d'éviter les accusations de non respect des décisions de justice. Cela aussi est un signal de sa détermination à se tailler un certain espace indépendant pour l'action au-delà des limites mises par les généraux.

Le CSFA s'était empressé de raccourcir les pouvoirs de M. Morsi, seulement quelques heures après la fin de l'élection présidentielle le mois dernier.

"Le CSFA a accepté sa légitimité et nous l’avons vu à son investiture la semaine dernière," a dit M. Hamid. "Ils ne peuvent pas maintenant faire volte-face et dire ,en réalité, nous avons changé d'avis. Hillary Clinton vient au Caire dans quelques jours. Ils ne peuvent quand même pas le déposer avant qu'elle n'arrive."

Les généraux ont édictés de nouvelles règles constitutionnelles qui font que l'armée est à l’abri des surveillances civiles et a le contrôle de son budget et d'autres affaires. Ils se sont aussi donnés le pouvoir de veto sur la nouvelle constitution et le droit de nommer les membres d'un organisme au projet de la charte.

Les décrets de M. Morsi signalent une levée spectaculaire des enjeux dans la bataille entre l'armée et les Islamistes. Le président, qui vient de recevoir une invitation à visiter Washington, semble avoir placé l'armée dans une situation inconfortable. On a vu la décision des généraux contre le Parlement comme un coup d'Etat doux, mais n'importe quelle action qu'ils prendraient contre M. Morsi, dont la victoire électorale a été fêtée au pays et à l'étranger, pourrait faire tomber sur eux l’opprobre domestique et international.


Article paru dans Financial Times et traduit pour La Nation par Hadj Ben


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