La Nation - Hebdomadaire Algérien

Numéro 101

Edition du 01 au 07 Mai 2013



PETITE CHRONOLOGIE D’UN DES SOMBRES MOIS DE LA DECENNIE 1990

BAB
Jeudi 21 Avril 2011

Il ne s’agit pas de remuer le couteau dans la plaie, mais juste de rappeler de quoi était fait notre quotidien, il y a quelques années. Pour ne pas oublier.



CHRONOLOGIE SELECTIVE DE DECEMBRE 1996

17 février 1996 : Le rédacteur en chef de l'hebdomadaire arabophone Echourouk est incarcéré à la prison de Serkadji pour diffamation. Le même jour trois journalistes de l'hebdomadaire La Nation sont mis sous contrôle judiciaire pour le même motif. L'auteur de la plainte est un fonctionnaire du FLN, Abdelkader Hadjar, principal acteur du "complot scientifique" ayant abouti à l'éviction de Mehri de son poste de secrétaire général de ce Parti.

5 mars 1996 : L'hebdomadaire La Nation (n° 137 du 5 au 11 mars 96) est saisi pour avoir consacré en collaboration avec Le Monde Diplomatique du même mois, un numéro spécial sur la situation des droits humains en Algérie. Motif évoqué par le ministère de l'Intérieur : "apologie du terrorisme".

27 mars 1996 : Sept moines du monastère de Tibehirine (Médéa) sont enlevés par un "groupe armé". Il s'agit de Père Christian Marie De Cherge, du docteur Jean-Luc, Christophe Le Breton, Paul Favre Miville, Michel Pleury, Celestin Ringeard et d'un moine venu du Maroc. Cet acte est unanimement condamné par la classe politique, toutes tendances confondues.

El Watan, quotidien privé, s'interroge sur la tolérance et l'hospitalité dont auraient bénéficié jusque là ces religieux auprès des maquisards dans un monastère situé dans une "zone chaude" selon l'expression du quotidien. Des opérations de ratissages sont entreprises par l'armée. Des maquis de Médéa sont intensément bombardés.

L’hebdomadaire La Nation est à nouveau suspendu pour la 8ème fois.

15 mai 1996 : Deux journalistes de l'hebdomadaire satirique constantinois El Mesmar sont mis sous contrôle judiciaire pour atteinte à corps constitués. Ils avaient publié une caricature du général Zeroual. Le journal est suspendu jusqu'à "nouvel ordre"

31 mai 1996 : Des véhicules anti-émeutes des services de sécurité, accompagnés de bulldozers encerclent les bidonvilles d'El Anassers (Forêt des Arcades), du Ravin de la Femme Sauvage (Bir Mourad Rais) et d'El Madania. Les autorités auraient décidé de raser ces bidonvilles car ils constituaient à leurs yeux "des repères de terroristes". En ce vendredi, journée de repos et à quelques jours des examens du BEF et du Bac, des centaines de citoyens et leurs enfants se retrouvent dans la rue, leurs baraques ayant été détruites par les bulldozers.

Durant ce mois, le Président de l'Observatoire des droits de l'homme, Rezag Bara décide de se substituer au ministre de l'Intérieur pour donner une lecture sélective des victimes de cette tragédie.

Pour ce fonctionnaire il y a eu 50 000 morts depuis "l'arrêt du processus électoral" et 1000 "disparus" (qui pour lui ont rejoint les maquis) pour les années 94 et 95.

Dans une interview à l'hebdomadaire La Nation du 18- 24 juin 96, Me Abdenour Ali Yahia parle de "70 000 morts depuis juin 91, pour la plupart des jeunes algériens arrêtés à leur domicile et exécutés de manière sommaire".

1er juillet 1996 : Le Cheikh Sahnoun, âgé de 89 ans, président de la Rabitat Edaawa El Islamia, est victime d'un lâche attentat alors qu'il officiait à la prière d'El Fedjr à 3h 45 du matin à la Mosquée de la Concorde (Bir Mourad Rais). Deux criminels pénétrèrent dans la Mosquée en pleine prière et l'un d'eux lui tira à bout portant une balle dans la tempe. Des fidèles se jetèrent sur le Cheikh pour le protéger de leurs corps, lui évitant de recevoir d'autres balles.

3 juillet 1996 : Le quotidien privé La Tribune est "suspendu jusqu'à décision contraire de la justice" pour avoir publié le mardi 2 juillet une caricature de Amari portant "atteinte à l'emblème national". Le directeur du quotidien et la rédactrice en chef sont mis sous contrôle judiciaire et le caricaturiste Chawki Amari est arrêté le jeudi 4 juillet à 6h 30 à son domicile et incarcéré au bagne de Serkadji. Les journalistes de ce quotidien dénoncent dans un communiqué le fait que leur journal soit "de nouveau le bouc émissaire d'une entreprise d'intimidation pilotée par les cercles les plus réactionnaires du pouvoir et qui vise, en réalité, à étouffer toute velléité d'expression libre".

1er août 1996 : L'évêque d'Oran Pierre Claverie et son chauffeur sont tués par l'explosion d'une bombe déposée à l'évêché. L'évêque venait de revenir d'Alger où il fut reçu par le ministre français des Affaires Étrangères en visite officielle en Algérie. Des observateurs et la presse française s'interrogent sur les commanditaires du fait de nombreuses questions troublantes :

4 septembre 1996 : explosion d'une voiture piégée prés de l'hôtel d'Angleterre à Alger-Centre : 12 morts et 22 blessés selon les sources hospitalières. Cet hôtel serait fréquenté par des officiers de l’armée selon la rumeur publique.

9 novembre 1996 : Un appel pour la Paix est lancé par un premier groupe de 34 personnalités politiques et universitaires.

2 décembre 1996 : Saïd Sadi, responsable du RCD, déclare dans une interview au quotidien suisse 24 heures (dont des extraits ont été repris par El Watan): " je suis persuadé d'une chose : c'est que cette violence terroriste est manipulée par le Pouvoir. Il l'entretient précieusement en lui tolérant un seuil de nuisance qui ne remette pas en cause sa propre existence, mais qui lui permet de justifier toute la législation d'exception...."
Publication aux éditions L'Harmattan de Paris de "Raisons et déraison d'une guerre" de Abdenour Ali Yahia, président de la ligue algérienne de défense des droits de l'homme 5laddh0.

17 décembre 1996 : explosion d'une bombe dans un immeuble à Boufarik (Blida) : 2 blessés.
Le n° 102 de l'hebdomadaire en langue arabe El Hourriya, de la Spa « La Nation » est saisi à l'imprimerie pour avoir rendu compte du livre de Me Abdenour Ali Yahia publié à Paris (Raisons et déraison d'une guerre).

23 décembre 1996 : A une dizaine de mètres à vol d’oiseau du siège de La Nation, à coté du café Ex-Novelty à la place Emir Abdelkader (Alger-Centre), explosion d'une voiture piégée: 3 morts et 15 blessés, dont un salarié de La Nation.

En entendant l'explosion, les "députés" du Conseil National de Transition qui siégeaient à quelques dizaines de mètres, l'auraient accueilli par une chaleureuse ovation (El Watan du 24.12.96)
Les hebdomadaires La Nation et El Hourriya , publications aux lignes éditoriales engagées pour la paix et la démocratie sont suspendus par un artifice administratif, pour reprendre la formule du Dr Sidhoum.

24 décembre 1996 : Sept membres présumés d'un groupe armé tués lors d'un ratissage de l'armée dans la région d'Aflou (Laghouat).

26 décembre 1996 : Explosion d'une voiture piégée prés d'une brigade de gendarmerie et d'un centre culturel dans le quartier d'Hussein-Dey (Alger) : 19 morts et soixante dix blessés.
A la veille dy Ramadhan , apparition de tracts dans certains quartiers d'Alger (Casbah, Belouizdad, Bachdjarah) signés du « GIA » et appelant au port du kamis et de la barbe pour les hommes et du hidjab pour les femmes.

28 décembre 1996 : 28 personnes assassinées au douar Dhamnia (Aïn Defla) par des hommes armés et masqués.

29 décembre 1996 : explosion d'une bombe dans un café d'El Harrach (Alger) : 23 personnes blessées.

31 décembre 1996 : Découverte à Fouka (Tipaza) de 5 cadavres décapités.

Synthèse BAB ( sources : presse et chronologie du Dr Sidhoum)



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Ahmed Selmane | 20/03/2012 | 3478 vues
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