Le sentiment patriotique de certains a été froissé par les informations sur les péripéties qataries des officiels algériens, de la présumée menace de Bin Jassim au très intelligent Mourad Medelci jusqu’au Sommet de Doha où l’émir gazier d’Al Jazira et hôte bienveillant du commandement de l’armée américaine s’est offert un autre bon coup diplomatique. Bouteflika, président de la RADP et Abdeljalil, du CNT, se rencontrant dans les antichambres de l’émir, voilà de la matière pour la chaine Al Jazira. Ce n’est pourtant que de l’écume. L’Algérie a bien eu une diplomatie pendant la révolution. Elle l’a perdue depuis longtemps. Et ce qu’elle pouvait engager dans les années 70 n’est plus possible aujourd’hui. La diplomatie algérienne ressemble à s’y méprendre à ces faux hommes politiques et ces faux partis politiques dont l’essentiel de l’activité consiste à vérifier dans quelle direction va le vent au sein de la coupole locale et à se placer opportunément aux bons carrefours. La fameuse thèse du « reflet » y trouve sa pleine expression. L’Algérie diplomatique est le reflet externe du vide interne. Une déclinaison du RND+FLN+…etc… surveillant les humeurs de la coupole impériale à Washington et d’ailleurs et attendant, les yeux humides et la langue pendante, un satisfecit, qu’on dise qu’on est content d’eux et de leurs prestations… Et il arrive aux faux partis et « hommes politiques », tout aussi faux, d’Algérie de se perdre et de se faire mener en bateau par les jeux de la coupole suprême. Ces scrutateurs des vents au sommet du centre de décision ont fait par exemple un « mauvais placement » sur Benflis… Mais la coupole locale, dans sa grande mansuétude rentière, a pardonné à la plupart des égarés. Ils ont même été félicités pour avoir joué avec une sincérité totale le rôle qui leur a été attribué. La diplomatie algérienne a galéré sur la Libye, elle a fait «son Benflis » et elle n’en fini pas de courir derrière l’assentiment impérial. Le Qatar y pourvoira ! Ainsi soit-il ! C’est bref et cinglant, mais c’est aussi un reflet et un miroir. Qui ne trompe pas. La diplomatie algérienne a existé durant la révolution. Elle a continué pendant quelques années sur l’erre et l’élan résiduel de l’impulsion née du combat pour l’indépendance. Et puis, elle est tombée en rade, en panne définitive au milieu d’un océan ou elle n’est plus qu’une coque de noix ballotée par les flots hostiles. C’est tout. Dans les faits, Il n’est plus qu’un système perclus qui cherche à se faire « apprécier » par un ordre impérial qui n’a pas encore tranché définitivement sur la pérennité, qui lui a été bénéfique pendant ces 20 dernières années, du statuquo au Maghreb Central,.. Et comme les soubrettes de théâtres de boulevard, rôle assumé sans grâce par des partis politiques de pacotille, le système algérien cherche les moyens de plaire et de convaincre de son utilité.
Sous probation
Pour avoir une diplomatie, il faut disposer d’un Etat. Et un Etat hors du peuple, s’il n’est pas dans le dispositif de l’hégémonie et des relais, ne pèse rien. Les logiciels de l’Empire font régulièrement des mises à jour. Surpris par le « virus » révolutionnaire tunisien et égyptien, les laboratoires ont intégré la donne des contestations qui s’amplifient après avoir été longtemps contenues. Les régimes autoritaires locaux qui font face aux contestations sociales sont sous probation de l’Empire. Ils n’ont pas de diplomatie, ils n’ont qu’un rôle de gardien du limès qu’ils essayent d’adapter aux circonstances. Pour être un Etat et avoir une diplomatie, il en faut bien avantage. Et un préalable absolu de l’adhésion des citoyens et des institutions qui fonctionnent. Certains tentent aujourd’hui, faussement, d’attribuer au malheureux Medelci un rôle dans l’effacement diplomatique de l’Algérie. C’est prendre l’effet pour la cause. Le ministre des affaires étrangères – comme celui des finances ou des transports… - n’est pas un homme politique. C’est un fonctionnaire, un exécutant qui n’a pas besoin ni d’intelligence ni de compétence. On peut tout au plus le consulter – si tant est que l’usage perdure – pour avis, il n’a pas mandat de faire de la politique. On lui demande, autant que faire se peut, de se contenter de dire ce qu’il convient. C’est tout. Qu’il se soit fait rabroué par le ministre qatari ou non est absolument périphérique même si cela froisse ceux qui n’oublient pas qu’ils sont les enfants d’une grande révolution. En réalité, dans cette « prise du pouvoir » du Qatar sur la Ligue arabe se lit clairement l’ordre du monde. Le Qatar « arabise » cet ordre. Il en est désormais le sous-traitant. La défunte « grande diplomatie » algérienne ne s’en agace pas. Elle n’existe plus que pour conforter le seul désir du régime, celui de durer. Sans âme et sans mandat, elle n’a pas d’autre dessein. Et comme au cours des vingt dernières années, elle propose seulement de renouveler son « contrat » implicite de gardiens des marches impériales. Aqmi est là. Et les arsenaux ouverts rendus libres d’accès par la guerre des occidentaux en Libye permettent de souligner qu’Aqmi est encore plus Aqmi que jamais. Le cahier des charges est plutôt sommaire. Mais en attendant que les labos de l’Empire décident comment « gérer » le Maghreb Central – et n’hésitez pas à faire preuve d’imagination, toutes les déconstructions et démantèlements sont envisageables – ils s’en contentent. Le régime quant à lui sollicite en permanence la confirmation de son mandat et renouvelle les offres en ce sens. Même si officiellement, dans le jeu pathétique du faux changement, il est question de rétablir la limitation des mandats présidentiels. Le vieux folklore continue.
L’AQMI et les Amis
Les diplomates occidentaux en place rencontrent des algériens même si cela déplait franchement à des officiels qui aimeraient, en bon gardiens du limès, avoir l’exclusivité du contact avec la Civilisation. Dans ces discussions parfois « franches » comme on dit dans le langage diplomatique, ces diplomates, parce qu’ils n’ont pas encore d’idées arrêtées, se font les transmetteurs de la bonne parole : « On nous a dit que cette fois-ci, c’est vraiment sérieux. Nos interlocuteurs affirment qu’ils ont décidé de changer et d’organiser des élections vraiment libres ». Ces diplomates sont à chaque fois surpris d’entendre leurs interlocuteurs algériens commencer par pouffer avant de se laisser gagner par le rire. Jusqu’aux larmes… amères. Certains ont en tiré une boutade : le régime n’a pas que le pétrole et AQMI, il ne manque pas d’Amis. Ces diplomates - qui s’étonnent parfois que les opposants algériens au régime soient franchement hostiles à l’action de l’Otan en Libye – sont les porteurs d’un discours provisoire, celui de la « probation ». Ils ouvrent de grands yeux étonnés, posent aux naïfs, aux fausses ingénues et font mine de croire à ce qu’ils savent être des fadaises. Ils s’étonnent de rires grinçants de leurs interlocuteurs. Etrange profession que celle de diplomate civilisé sur les rives de Barbarie…Mais ils finissent par rire franchement quand ils s’entendent dire: « Croyez vous sérieusement qu’une élection organisée par M.Ouyahia, c’est sérieux ? ». Tout est dit. Et il n’est nul besoin de se référer aux élections de 1997 pour tourner en dérision un scrutin organisé par le régime. C’est bien parce qu’il souhaite contrôler « sérieusement » les présumées élections « sérieuses » à venir qu’a été improvisée une parodie de consultation sur des simulacres de réformes. Comment faire pour accréditer le sérieux des intentions démocratiques ? Cela fait partie des sujets à débattre librement, mais que le régime refuse d’aborder. Mais observons, quitte à faire enrager ceux qui n’apprécient pas que l’on dise que les élections tunisiennes ont été le révélateur de l’immense gâchis algérien, que la Tunisie donne un exemple. Pour instaurer la confiance, le processus organisant le mode de scrutin et l’opération électorale a été conduit par des instances indépendantes avec la participation des forces politiques. C’est à ce niveau que l’on mesure le « sérieux » et non pas aux bouffonneries d’indigestes sketches chorba que nous offrent les Belkadem and co. Dans un contexte mondial en crise où le capitalisme cherche à se relancer, y compris par les guerres, le choix de « plaire » à l’empire plutôt que d’aller vers un vrai débat national pour une refondation de l’Etat coute cher et la facture finale risque d’être monumentale. Il suffit d’observer. L’Empire n’a pas d’amis… Il n’a que des employés saisonniers.





La décision prématurée sur les gaz non-conventionnels

