La Nation - Hebdomadaire Algérien

Numéro 101

Edition du 01 au 07 Mai 2013



Pouvoir faible… Etat fort

Mostefa Hemissi
Mardi 3 Avril 2012



Mostefa Hemissi
Mostefa Hemissi
Je soutiens l'idée qu’affaiblir le pouvoir est une condition préalable à l’établissement d’un Etat fort. Les Etats modernes se sont constitués, au regard de l’expérience, sur la base de l’affaiblissement du pouvoir et cela en faveur du Droit et des gens. Telle est la règle sans laquelle le Pouvoir serait resté héréditaire, archaïque et portant tous les traits de la décadence. Dont un des plus abjects est l’administration de type colonial.

Il nous faut changer, au moindre coût pour le pays et pour les gens, afin que nous puissions établir un Etat fort et un pouvoir faible, des institutions fortes et des appareils à leur service.

Il nous faut changer l’équation selon laquelle s’exerce la gouvernance en changeant les mécanismes de prise de décision.

Il faut que les gens deviennent la partie la plus importante dans l’équation et non les intérêts particuliers et les services, non les personnes et les réseaux, non les services secrets ou la police politique.

Les services de sécurité doivent être forts et demeurer au service de l’Etat, des citoyens et du pays et non se renforcer au détriment des citoyens, en faveur du despotisme et de l’abus de pouvoir, qui ne nous ont apporté que honte et déshonneur. Arriération et corruption etc. Etc.

Ibn Rochd qui a opté pour la rationalité des savants européens des lumières a longuement traité de l’autocrate dans son ouvrage : "l’essentiel en politique "
« Ces actes sont tous ceux d’un gouvernement autocratique (dictatorial), c’est une caractéristique des gens de notre époque, non au plan du discours seulement mais aussi au niveau du ressenti, de ce fait, l’autocrate est le plus implacable des dominateurs, il emploie sa ruse à la satisfaction de ses désirs et il reste néanmoins triste et malheureux. C’est ce qui en fait un être faible de caractère, envieux, injuste et n’aimant personne. »

Il semble que rien n’a changé si ce n’est en pire, l’autocrate de nos jours ligote les gens et l’intelligence de la société. Il s’impose en tuteur du peuple et se convainc que les gens ne savent pas se prendre en charge ou en sont tout simplement incapables et que la dictature de l’autocrate est de ce fait indispensable.

Cette vision du monde n’est pas propre aux gens du pouvoir, c’est aussi celle de ceux qui se prévalent de la religion en politique pour dire : « l’obéissance au dirigeant est un devoir, même s’il frappe ton dos et usurpe ton bien » Il semble que ceux là n’ont rien lu des révoltes des grands imams contre les tyrans, ni rien appris sur les tenants de la réforme et leur opposition aux Rois et aux Khalifes.

Comme s’il me fallait, dans tous les cas, seulement choisir qui « frappe mon dos et vole mon bien » de façon légitime !

Depuis la grande fitna et le règne de Mouawiya, nous sommes confrontés à la question du Pouvoir. Pas d’alternance autre que dans le sang. Le meurtre et le poison qui fût versé à Omar Abdel-Aziz comme à d’autres… 

Et depuis les Zianides et les Othomans, nous voyons les alternances au pouvoir s’accomplir dans des bains de sang et des discordes sans fin.

Qui se souvient des Rois des Taïfas en Andalousie ? Qui se souvient de tous les Deys qui périrent assassinés ? Etc.

Enfin, tout ceci relève de l’histoire et nombreux sont ceux qui prétendent que l’histoire prête à controverse… Discutons donc !

La question n’est pas seulement d’ordre éthique. Elle est d’abord fondatrice et institutionnelle.

Tout comme la question n’est pas dans les textes, mais dans les esprits. On soutient, ici, et là, la règle qui veut que les gens soient à l’image de leurs dirigeants, et cela peut signifier que les gens suivent la corruption des dirigeants davantage que leurs propres intérêts.

Ceux qui s’inspirent de Machiavel en proclamant la noblesse de leurs fins, même si despotisme et corruption sont leurs moyens, sont ceux là mêmes qui connaissent les plus grandes déviances.

Ainsi, tous les peuples de la Terre seraient dans l’erreur tandis-que les adeptes du despotisme sont, chez nous, des génies qui ont compris que la corruption de leur peuple imposait de le gouverner selon cette même corruption.

Oui, la solution est dans l’établissement d’un Etat basé sur des institutions, la séparation des pouvoirs, l’élection de représentants du peuple et une justice forte à même de surveiller le pouvoir et à même de réduire de sa nocivité.

Mais avant que les élus du peuple soient au service de leurs électeurs, il faudrait inscrire dans la Constitution ce qui interdirait au pouvoir d’entraver l’activité politique, la constitution en partis politiques pour que cela relève désormais de la justice et non de l’Exécutif.

Tout ceci à condition que soient libérées les énergies et les moyens, que soient vaincus la paresse et les bonimenteurs et encouragés ceux qui œuvrent à préparer les conditions d’une renaissance.

Qu’enfin on affaiblisse le Pouvoir de manière à ériger l’Etat des institutions, l’Etat de droit.

Traduction : La Nation


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Ahmed Selmane | 20/03/2012 | 4241 vues
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