La Nation - Hebdomadaire Algérien

Numéro 101

Edition du 01 au 07 Mai 2013



Quelques lignes plus tard.

Salima GHEZALI
Mercredi 20 Avril 2011

Entre le dernier éditorial de La Nation et celui d’aujourd’hui 15 années sont passées. Et beaucoup de choses n’ont pas changé dans les termes de l’équation politique.
D’abord le mot politique lui-même qui continue d’être nié par les responsables en poste qui refusent de voir dans la grave crise de gouvernance que vit le pays sa nature essentiellement politique..



Entre le dernier éditorial de La Nation et celui d’aujourd’hui 15 années sont passées. Et beaucoup de choses n’ont pas changé dans les termes de l’équation politique.

D’abord le mot politique lui-même qui continue d’être nié par les responsables en poste qui refusent de voir dans la grave crise de gouvernance que vit le pays sa nature essentiellement politique.

Un déni qui en entraine un autre. Celui d’acteurs de premier rang qui se défendent de vouloir faire de la politique. Mais qui veulent la démocratie, la liberté d’expression, d’organisation, d’entreprendre etc. Ou qui veulent la bonne gouvernance, l’efficacité gestionnaire, le bon management des entreprises, la souplesse des services publics, la qualité de l’hygiène publique... Leur domaine d’intervention particulier, qu’il s’agisse de l’Entreprise, de l’Hôpital, de l’action sociale, de l’école ou de l’Université, leur fait constater que le pays est ligoté par le mode de gouvernance en vigueur. Une gouvernance, de l’aveu de tous, archaïque, qui rend hors de portée toutes ces « choses » sans lesquelles le travail n’est plus du travail. Les études ne sont plus des études. Le loisir n’est plus du loisir. Et entre les deux la vie devient impossible.

La contestation de ce type de gouvernance est, qu’on le veuille ou pas, un acte politique à assumer comme tel. Au même titre qu’il convient d’assumer son identité d’entrepreneur, de syndicaliste, de député, de chômeur etc. Ce qu’il ya d’intéressant dans les mouvements populaires en cours c’est qu’ils s’inscrivent dans la défense décomplexée d’intérêts particuliers.

A force de crier « l’Algérie avant tout ! » Des légions de prédateurs en tous genres ont mis les algériens en dessous de tout. En dessous du seuil de pauvreté. En dessous du minimum démocratique. En dessous des droits de l’homme, en dessous des droits syndicaux etc.

L’aspect sectoriel et parfois étroitement corporatiste que prennent certaines revendications s’inscrit alors logiquement sur la ligne de défense ultime à laquelle « l’algérien qui ne fait pas de politique » a été acculé. La ligne ultime étant ici une école ou un institut universitaire, là un corps de métier ou une entreprise particulière, et là bas un quartier privé de transport, d’eau ou d’électricité.

En jouant sur le brouillage des lignes et de la planche à billets, le Pouvoir a jusqu’ici réussi à maintenir chacune de ces demandes particulières à l’écart des autres. Quand il ne les a pas carrément mises en conflit entre elles.
Et puis vint la surprise de chez les voisins. Chez qui on partait massivement en vacances par ce qu’ils avaient ce que nous n’avions pas. Des services de qualité, de l’hygiène et de la civilité. Mais nous on avait La Révolution !

Et voici que même notre Révolution devient désuète en comparaison de celle des voisins. Et leur révolution moderne, organisée et pacifique n’a aucun problème avec la politique.

Les associations, les syndicats, les patrons, les corporations, les ligues, les groupes de réflexion, les experts, les intellectuels, les universitaires sont proches de tel ou tel courant politique. Ou plus précisément de tel ou tel parti politique. Cela ne les empêche pas de défendre leurs intérêts particuliers auprès de ces partis. Comme auprès des pouvoirs publics.

En fait, il n’ya de problème avec la politique que lorsqu’on vit dans un système non démocratique. C’est là que la pression du pouvoir est trop grande. Sur les patrons comme sur les syndicats. Sur les experts comme sur les institutions. Sur les groupes comme sur les individus.
Et quand il ya pression, la politique devient difficile à assumer. Mais pas que la politique. Quand il ya pression il n’ya plus de garantie ni pour la liberté d’entreprendre ni pour la liberté de s’organiser ni pour la liberté de gérer, ni pour la liberté de choisir…

Tout le monde n’est pas obligé de faire de la politique. Mais tout le monde a intérêt à ce que l’exercice de la politique soit garanti dans les textes et dans les faits.

Sinon tous les autres exercices seront eux aussi soumis au bon vouloir du prince. Il ne suffit pas de se défendre de faire de la politique. Et de croire que la mauvaise gouvernance se combat dans l’évitement de la confrontation. Il faut s’organiser et revendiquer clairement et ouvertement la défense de ses intérêts particuliers. Aux patrons le patronat. Aux travailleurs les syndicats. Au jeu politique d’organiser la relation entre les deux. Et à l’Etat de garantir les droits de chacun.

Sinon Adieu Entreprise, Expertise et Think tank !





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