La Nation - Hebdomadaire Algérien

Numéro 101

Edition du 01 au 07 Mai 2013



Transitions Démocratiques et l'Armée latino-américaine

Augusto Varas
Mardi 31 Mai 2011

Un des défis principaux posé au processus de construction d'état démocratique en Amérique latine a été la mise en vigueur d’un contrôle civil sur l'armée. L'introduction d'un ordre du jour de réforme pour les forces armées a été particulièrement critique pour des forces démocratiques dans des périodes transitoires. Ce processus a été retardé par l’éternelle répugnance militaire au contrôle démocratique civil et par l'indifférence traditionnelle des coalitions en voie de démocratie aux questions militaires.



Plusieurs études ont essayé d'établir les raisons principales pour lesquelles il a été si difficile d‘atteindre "la suprématie civile" et pourquoi les services de l’armée sont si réticents au contrôle gouvernemental démocratique, se répandant en injures contre des réformes institutionnelles clés. Les preuves accumulées montrent que cette réaction est le produit d'une combinaison singulière de traits institutionnels particuliers et d’événements qui différencient les institutions militaires des autres organisations étatiques et civiles, couplées avec des conditions culturelles et politiques nationales particulières.
Dans cet article je présenterai et analyserai les éléments clés qui ont facilité ou empêché des changements institutionnels démocratiquement orientés à l'intérieur de l'armée en Amérique latine. La réception d'un ordre du jour de réforme démocratique à l'intérieur des casernes, préconisée par un leadership civil décidé, a été conditionnée par la nature des institutions militaires, leur type de relation avec le reste de la société, leur niveau d'autonomie, l'existence ou le manque d'une direction politique et principale solide et le jeu de changement de leurs influences internationales. Je conclurai avec cinq recommandations orientées vers l’action tirées de cette expérience.

I. Transition démocratique et l’Armée

En Amérique latine, les réformes militaires n’ont pas été le sous-produit automatique et mécanique de processus de démocratisation nationale. Différents types de politiques de démocratisation se sont produits dans la région. Des réformes fondatrices, transitoires et démocratiques ont été des étapes différentes dans ce processus et "les éléments de toutes les trois sont typiquement présents dans chaque cas"3. Donc, Les processus de démocratisation sont variés, complexes et ouverts. Ils étaient des conditions nécessaires, mais non suffisantes, pour le repositionnement des Institutions militaires dans le Nouvel état démocratique construit après les transitions.
De sa propre structure hiérarchique et unidimensionnelle l'armée interagissait avec une myriade d’agents et d’agences gouvernementaux et étatiques, chacun avec des ordres du jour différents. L’interaction militaire avec l'environnement externe a abouti à un ensemble hétérogène, inégal et asymétrique de relations de fonctionnement et de travail. Comme conséquence, les institutions militaires utilisent pour interagir et recevoir de leur "autres significatifs"-les agents politiques civils divers - des espérances, exigences et règlements contradictoires.
Dans cette situation, les interactions institutionnelles entre l'armée, l'Etat et la société sont devenues une matrice fortement complexe avec des liens formels entre l'armée et les institutions comme le pouvoir judiciaire et le congrès et des interactions informelles avec des organisations et des processus sociaux plus larges. Même quand Les services de l’armée ont été en réalité influencés dans leur développement institutionnel par cet ensemble d'acteurs divers, ils ont pu absorber toutes ces pressions et les redéfinir selon leurs propres valeurs institutionnelles.
Dans ce contexte institutionnel le facteur clé dans la réussite de la fermeture du fossé entre l'armée et la démocratie a été une Direction civile forte et importante capable transmettre l'ordre du jour démocratique aux casernes. Et cette transmission n'a pas été une simple question de langue, mais une mise en œuvre effective d'un ordre du jour de démocratisation approprié pour répondre, d'une part, aux exigences sociales pour la neutralisation politique de ces institutions et, d’autre part, pour agir en réponse aux principales demandes de développement institutionnel de l’armée.
Les demandes de développement de l'Armée ont été dépendantes du type de tendances institutionnelles dominant les services. Au même temps, l'urgence pour les nouveaux gouvernements démocratiques de présenter d’importants changements institutionnels les secteurs de l’approvisionnement et du budget, de l’éducation, la justice (y compris les droits de l'homme) et les visions de leur projection internationale de puissance/pouvoir 4 se heurte habituellement aux inerties organisationnelles politiques et culturelles de l’armée.
En conséquence, les ordres du jour de réformes démocratiques ont été conditionnés par la nature de la séparation entre ces institutions et la société civile, la "conscience collective" nationale existante quant à ces institutions et le type de leur insertion dans l'état.

2. Tendances Conservatrices et Tendances de Modernisation

Les institutions militaires, en général et particulièrement en Amérique latine, ont été isolées ou "institutions totales". C'est-à-dire organisations où des parties de la vie de tous les individus sont subordonnées à et dépendent de leurs autorités, un microcosme social dicté par hégémonie et des hiérarchies claires5 qui d'habitude en veulent à l intromission de civils dans leurs affaires internes perçue comme influence étrangere6. Dans cet environnement isolé, Les auto-images/ autoportraits institutionnels étaient fréquemment justifiés et organisés autour de valeurs transcendantales cela a transformé l'armée en un intouchable véhicule et expression "d'une âme nationale", profondément enraciné dans histoire nationale et les traditions. Dans ce contexte ses membres percevaient la profession militaire comme un "Appel transcendantal", le service le plus haut à La patrie.
Cette auto-image institutionnelle a été érodée au cours des dernières décennies par des tendances modernisantes propagées par la société, qui comblent le fossé avec les institutions civiles. Dans Cette nouvelle étape, des institutions militaires sont plus différenciées en interne, avec une plus grande division du travail, plus de spécialisation de compétences, avec une vie familiale mieux intégrée dans des cercles civils et des individus plus motivés par l’intérêt personnel que par des valeurs transcendantales 7.
Les forces armées comme complexes institutionnel s sont poussées par des besoins structurels à moderniser de manière permanente leurs services. C'est particulièrement vrai si l’on considère la grande vitesse à laquelle de nouvelles innovations technologiques pour l'armée sont sorties au cours des dernières décennies. L'acquisition de nouvelles technologies exige l’adaptation des vieilles structures institutionnelles et des processus pour absorber ces innovations et les rendre fonctionnels pour une projection de puissance efficace de l’armée. Cette " soif technologique" a conduit les institutions militaires à être mieux préparées pour un contrôle civil et pour un ordre du jour de démocratisation. Ils sont plus facilement capables de synchroniser les changements institutionnels internes avec ceux observés dans le reste de l’État et de la société. Cette forte envie d’utilisations technologiques varie selon la nature des services individuels, c'est-à-dire l'Armée de l'air et la Marine menant le processus, l’armée (de Terre) trainant derrière.

3. L'Armée dans Histoire

Les institutions militaires font partie de la société et les changements systémiques - comme ceux observés dans la politique étrangère de leur gouvernement et les événements politiques locaux – affectent les institutions militaires. De même l'évolution des institutions sociales et culturelles nationales ont aussi eu un impact significatif sur les Forces Armées. Cet environnement sociétal, ou national "La conscience collective", exprime la sorte de relation socioculturelle que les institutions armées ont eu l'habitude d'établir avec la société civile et de plus grands groupes sociaux8. En même temps Le rôle social principal exécuté par l'armée détermine la manière dont la société perçoit et se positionne par rapport à l'armée. Cette relation à long terme a créé ce qui peut être appelé la "Conscience collective" de l'armée. Cela a été observé dans un certains cas d’Amérique Latine où l'armée a joué des rôles institutionnels et occupé des fonctions différentes de celles de défense nationale qui sont communément acceptées par la société en général.
Cela a été les cas d'états en échec, comme Haïti avant la Mission des Nations unies pour la Stabilisation (MINUSTAH), Le Nicaragua de Somoza et La République dominicaine de Balaguer, où des traditions politiques pré modernes ont limité les institutions militaires à être des forces prétoriennes au service de chefs militaires ou caudillos.
Une autre situation peut être observée dans ceux des pays où, à cause de la fragilité de l’Etat, La force institutionnelle de l'armée et sa présence nationale, ils remplacent les fonctions et rôles de l’Etat. Fournissant lesbiens et services communs ils jouent en réalité le rôle d'Etat par défaut, comme dans le cas de Cuba, du Nicaragua après la fin de la guerre civile, de l'Equateur pendant ses crises récurrentes et les dernières années du Pérou de Fujimori. Le Venezuela de Chavez pourrait évoluer dans la même direction.
Dans d'autres pays où l'état démocratique était incapable de projeter tout son pouvoir/puissance sur des institutions clés, les services de l’armée sont apparus comme une force inverse contre pouvoir, comme une opposition institutionnelle à l'état démocratique formel, comme dans le cas du Chili pendant la période1990-1998 quand Pinochet était toujours le commandant-en chef de l'armée et les chefs de la Marine et de l'Armée de l'air avait été nommés ou promus par lui. Cette situation était soutenue par, au moins, 20 % de la population9. L'autre cas pourrait être celui de l'Uruguay pendant le mandat de Sanguinetti (1985-1990). Le rôle politique de l'armée a été Le plus commun en Amérique latine jusqu'aux années 1980.Les institutions militaires dans des pays comme l'Argentine, la Bolivie, le Pérou et L'Amérique Centrale jouaient de manière permanente le rôle de partis politiques de substitution, érodant dans le moyen à long terme leurs capacités professionnelles. Dans tous ces cas les institutions militaires ont étendu leurs rôles professionnels de la défense nationale à l’ordre intérieur contrôlant l'Etat et maintenant l'ordre dans leurs sociétés respectives durant de longues périodes. D'habitude cette politisation et policialisation/flicardisation de l'armée est apparue lors de crises récurrentes locales d'hégémonie où les forces armées ont joué un rôle d’"Arbitrage bonapartiste". Paradoxalement, cette expansion de rôle a mis en danger à long terme la stabilité sociale comme cela a empêché le développement d'institutions civiles. Quelques institutions militaires en Amérique Latine avaient l'habitude de se développer comme des corporations/entreprises orientées vers l'intérieur étendant leurs rôles dans des royaumes/domaines civils comme l'économique et les secteurs productifs. Le cas paradigmatique est L'Equateur. La Constitution 1979 a permis à l'armée de participer dans le développement économique intégrant les conseils de sociétés industrielles et créant de nouvelles sociétés. Il est dit que c'était une condition pour leur retrait du gouvernment10. Ils dirigent des sociétés destinées à produire des munitions, des vêtements et des chaussures pour l'armée, mais aussi une compagnie aérienne (TAME), des sociétés d’exportation de crevettes et de bananes et de production de ciment et parties de voiture, des institutions financières ( Banco General Rumi ñ Ahui),des supermarchés et douane. En raison d'inefficacité et de corruption ces industries sont actuellement en faillite. Selon le ministère Equatorien de la Défense, ils ont dû dissoudre 19 sociétés, fusionnant d'autres avec le Holding Dine et Andec (parmi les 500 sociétés supérieures dans L'Equateur). Cinq autres sociétés ont mis leurs actions en vente et 28 sociétés sont dans un processus de restructuration 11. Suite à ces activités non professionnelles "les forces armées comme la Police nationale sont fortement délégitimées et reçoivent un faible support et confiance des citoyens en raison de corruption, contrebande et trafic de drogue, fraude et services de ventes à des Compagnies pétrolières "12. Dans une mesure et des proportions différentes cette expansion de rôle dans des activités économiques et productives peut aussi être vue au Pérou, en Colombie (hôtels), au Chili et au Brésil (Industries militaires) et en Amérique Centrale. Dans ces cas, publiques, mais gérées militairement les sociétés reçoivent d'habitude des subventions dissimulant leur inefficacité et produisant des conflits avec le secteur privé.
Peu de cas montrent une combinaison de professionnalisation et politisation de l’Armée. Le Chili était un exemple. Historiquement, à partir de la fin du 19ème siècle, quand l'armée chilienne était entrainée par la mission prussienne, les services de l’armée étaient principalement concentrés sur le développement de son rôle fonctionnel en tant qu’institution de défense nationale habituellement sous contrôle politique civil. Même pendant la Dictature militaire (1973-1990) les forces armées ont joué un rôle d’assistance du Gouvernement militaire. Ils n'ont pas dirigé le gouvernement comme l’ont fait les juntes argentines ou péruviennes. Seulement pendant une période brève, de 1973 à 1976, la Marine était responsable de l'Éducation et Relations avec l'étranger; l'Armée de l'air du travail et l'Armée de ministères politiques. Pour le reste de la dictature, probablement en raison de rapports militaires tendus en permanence à ses frontières, l'armée chilienne a été forcée de jouer son rôle professionnel13. C'était indépendant de son support aux violations massives des droits de l'homme par les agences répressives spécialisées telles DINA et CNI. Ce rôle professionnel faisait partie de la " Conscience collective" nationale qui considérait ces Institutions militaires comme cruciales au développement national. En réalité, moins d'une année après la transition démocratique le rôle professionnel de l'armée était supporté par 80 % de l’opinion publique chilienne 14. L’évolution interne de l'armée de 2003 jusqu'à maintenant et son ambition d'être une partie intégrante de La nation a rendu possible un type de relation avec la société nouveau et différent 15.
Professionnalisation, politisation et isolation ont été les modes prédominants que les institutions militaires connaissent à différents moments de leur développement institutionnel. Selon ces traits dominants, les interactions avec le reste de l'Etat et de la société seront plus ou moins litigieux et conditionneront les réformes militaires. Donc, dans chaque cas un jeu différent d'alliances politiques et de compétences a été exigé pour maîtriser l armée. L'élément clé pour tous a été la mobilisation des forces démocratiques autour d'un ordre du jour de réforme militaire modèle par une véritable direction civile capable de mener à bien un processus de changement dans l'armée.

4. Adaptation à la Démocratie

La probabilité de succès de démocratisation de l'armée a aussi dépendu de comment les militaires quittent leurs fonctions gouvernementales et comment ils s'accommodent de la nouvelle situation après les dictatures militaires16.
En Amérique latine il est possible d'identifier trois types principaux de retraits du gouvernement et d’adaptation à la nouvelle situation démocratique selon le niveau de contrôle exercé par les militaires pendant la période de transition :

4.1. Autonomie autarcique.
Cela a été le cas du Brésil (1985-1994), de l'Uruguay (1985-2004) et du Chili (1989-2000), où les transitions démocratiques ont été des processus à long terme en raison d'une ouverture graduelle du système politique et une maîtrise politique finale de l'armée. Dans tous ces cas l'armée a gardé un haut degré de contrôle des processus et changements institutionnels; aucun changement constitutionnel profond n’a été présenté; des budgets militaires n'ont pas radicalement diminué; aucun changement principal de la justice militaire n’a été présenté; et leurs relations internationales n'ont pas été dramatiquement affectées.
Pendant ces périodes ni la dépolitisation de l'armée n’a été achevée, ni la direction civile complète sur la défense et la sécurité n’a été mise en application. En conséquence, le processus de professionnalisation de l'armée a été retardé.

4.2 Adaptation Corporative
Les exemples pour les cas actuels d’adaptation corporative incluent la Bolivie, l'Equateur et Le Pérou. Comme un produit des désaccords et conflits d'intra-élite, les institutions militaires ont été partiellement affectées par le processus de démocratisation dans ces pays, mais l'armée pouvait toujours protéger ses prérogatives et domaines institutionnels. Elle garde le contrôle relatif de ses propres changements institutionnels.
Dans ces conditions l'armée reste fortement politisée et les réformes militaires sont
paralysées ou seulement partiellement présentées. Dans certains pays, comme l'Equateur, les militaires s'engagent dans des activités économiques indépendantes étendant leurs rôles économiques (comme mentionné ci-dessus) ou dans d'autres pays, comme le Pérou (2001-2006), ils ont pu limiter les effets des enquêtes et punitions sur les cas de violation des droits de l'homme. Actuellement, vice-amiral Luis Giampetri (retraité), un critique déclaré des organisations de droits de l'homme, est le Premier Vice- Président de la république. Par conséquent le processus de professionnalisation a été retardé.

4.3. Démobilisation Politique
L'Argentine est le cas où il y a eu un contrôle politique civil solide de l'armée grâce à des changements constitutionnels, des jugements de violations massives des droits de l'homme et gestes symboliques clés de la présidence.
L'effet de la défaite de Malvina a rendu possible un changement substantiel de la doctrine militaire aussi bien dans le domaine politique que professionnel puisque l'armée ne pouvait pas garder entièrement le contrôle de ses processus de changements institutionnels. Le processus de démocratisation consécutive en 1983 et le procès du personnel militaire pour violations massives des droits de l'homme (des années 1980 jusqu'à présent) ont ouvert la voie en 1998 à la Loi 24.948 pour la Restructuration Complète des Forces armées. Cette loi a signifié une transformation profonde de l’ Armée Argentine l’ intégrant dans les opérations de maintien de la paix des Nations unies; Considérant le Mercosur comme un secteur de sécurité; Présentant une réduction des effectifs administratifs; rendant les opérations inter-service possibles; modifiant l’ enseignement militaire; introduisant du personnel civil au Ministère de la Défense; règlementant l'achat d'équipement; Et modernisant les services grâce à l’abolition du contingent et l'établissement d’une armée de métier. La même loi inclut l'établissement d’un comité de parlementaires responsable du suivi de ces réformes et le contrôle tous les trois mois de leur mise en œuvre. La crise économique et politique de 1999 à 2002 a rendu difficile la mise en œuvre complète de cette loi. Cependant le fait de son approbation et son acceptation par l'armée prouve le contrôle politique civil des services. En 2007 un addendum à la nouvelle doctrine était adopté, intégrant la défense des sources d'eau douce comme une des principales missions de l'armée. L'Uruguay a été un cas semblable dans un passé récent pendant le gouvernement du Président Tabaré Vásquez (2004-2009), qui a changé l'autonomie autarcique de l'armée grâce à une nouvelle interprétation de la loi d'amnistie de 1986 ( Ley Caducidad de la Pretensi de la ó N Punitiva del Estado). Cela a ouvert la voie à l’examen de violation massive des droits de l'homme, à l’introduction d’une loi sur la compensation d’ anciens militaires renvoyés pendant des Gouvernements militaires (Ley 17.949, le 8 janvier 2006) Et une loi donnant plein pouvoir au président pour les nominations des Officiers de haut rang (Ley 17.920, le 22 novembre,2005).
Tous ces changements ont rendu possibles d’importants réajustements dans l’enseignement et les doctrines militaires, un contrôle serré du budget militaire et ouvert la voie à la participation dans des missions internationales de maintien de la paix.
Comme mentionné auparavant, ces accomplissements ont été possibles grâce à une direction civile solide. Cette direction a réussi à transformer des demandes démocratiques de la société en réformes effectives des forces armées, particulièrement dans le domaine des droits de l'homme.

5. Démocratie et Leadership Politique

Le type d'intégration de l'armée dans un Etat démocratique dépend d’un contrôle politique civil effectif. Cette sorte de contrôle se réfère à la capacité des gouvernements civils à faire exécuter aux institutions militaires les rôles attendus comme définis par les leaders politiques. Comme Agüero l’affirme, " Les élites civiles de démocratisation poursuivent le contrôle de l'armée et l'armée résiste à cette poursuite, la suprématie civile sera affirmée seulement comme un résultat de la victoire contre la résistance militaire"17.
Dans les cas où cette redéfinition de rôle a été réussie et la capacité du leader politique à maîtriser efficacement la résistance militaire, la Direction politique civile s’est concentrée sur la professionnalisation de l'armée signifiant la dépolitisation de leur chaîne de commandement et la réorientation de leur mandat de l'ordre interne à la défense nationale seulement. L'Argentine pendant le mandat du Président Nestor Kirchner et le Chili pendant le mandat du Président Ricardo Lago ont pu conduire ces réformes avec succès. Dans le cas Argentin, "À peine trois jours dans son mandat, [Président Kirchner] a forcé la démission d'au moins la moitié du haut commandement de l’armée en nommant des généraux loyaux mais au bas de l'échelle hiérarchique pour être à la tête des Forces Armées"18 A partir de 2003 Kirchner a approfondi le contrôle politique de l'armée par, parmi d'autres mesures, des actes symboliques importants comme l'inauguration de mémoriaux des droits de l'homme dans d'ancien centres de torture et l’élimination des images des membres des Juntes militaires dans toutes les casernes. Les cas de violations des droits de l'homme nouveaux ou rouverts ont aussi été utiles pour la démobilisation politique de l'armée. Cependant, les réformes concernant la justice militaire sont toujours en suspens.
L'expérience chilienne diffère de l’argentine. Au commencement de son mandat, le Président Lagos du Chili a affirmé son contrôle politique de l'armée sans chacun changement constitutionnel ou légal. Juste deux mois après l’ inauguration, le Président Lagos a publiquement et fortement averti les commandants en chef des forces armées et le directeur général de la police pour une rencontre déjeuner dans un restaurant où ils ont signalé leur désapprobation ouverte des politiques du Président concernant l’enquête sur les droits de l'homme et le procès de Pinochet après son retour de Londres. Après cette réaffirmation inattendue et ferme de l'autorité présidentielle sur l'armée, aucun autre épisode de cette sorte ne s’est reproduit 19.
C'est seulement quinze ans après la transition démocratique, en 2005, que le premier important changement constitutionnel quant au contrôle politique présidentiel de l'armée était introduit dans la Constitution de 1980. Ainsi, le Président a regagné la capacité d’enlever le commandant en chef des services de l'armée et de la police, avec la limitation d’informer le Sénat de cette décision. Le Conseil de Sécurité nationale a été transformé en un comité consultatif seulement autorisé à se rassembler à la demande du Président, ce qui a effectivement éliminé ses anciennes prérogatives.
Pas même les gouvernements militaires n’avaient nécessairement la capacité politique comme le président Chilien de donner un signal clair à l'armée de retourner aux casernes. Par exemple le général Velasco Alvarado, qui était le chef La junte militaire, n'a pas réussi à garder l'armée sous contrôle, contrairement à son successeur, général Morales Bermudez. En somme, la décision politique et la capacité à maîtriser la résistance militaire au contrôle civil a joué un rôle crucial dans la réinsertion des institutions militaires dans les Etats et les sociétés démocratisés.

6 Direction Civile Forte

Aussi importante que la direction politique, une direction civile forte aide aussi à expliquer une transition réussie d’un contrôle démocratique sur les institutions militaires. Traditionnellement les services de l’armée dans la région ont été laissés sans direction civile principale en considération de leurs processus institutionnels principaux, ce qui les a rendus aisément disponibles pour d’autres stratégies politiques ou isolés du reste de l'Etat et de la société.
Une des sources des éternels déficits de légitimité de l'autorité civile sur les militaires dans cette région a été la direction civile faible, particulièrement en ce qui concerne les questions institutionnelles et professionnelles importantes. Cette sorte de direction n’a pas de substitut de légitimation civile à l'intérieur des casernes. Le témoignage d'Alfred Stepan à la fin des années 1980 apporte un éclairage sur cette question: "j'ai demandé à un ancien colonel brésilien du personnel général/administration générale pourquoi Il pensait que les civils n'avaient fait aucun progrès en direction du contrôle de l'armée depuis la transition. Il a dit : « l'armée a un projet et de la volonté. Les civils n’ont ni l’un ni l’autre »20. L'importance d’une direction institutionnelle ferme est manifestement reconnue par l'armée: La confiance provient principalement d’une perception de compétence du leader dans des tâches essentielles21. Et cette compétence est exprimée dans des facteurs comme : la vision de ce qui est tenté; la stratégie pour le réaliser; les opérations, ou les tâches spécifiques à accomplir; et la tactique employée pour faire faire les choses22. La vision politique doit être fournie par la direction civile; la stratégie et la tactique devraient alors être conjointement discutées et décidées, sous direction civile.
Il y a peu d'exemples en Amérique latine de direction civile forte des institutions militaires réussie. L’un pourrait être le cas brésilien où, suite à un long processus de changements institutionnels, un nouveau ministère de la Défense a été inauguré en 1999 et la vision brésilienne du président pour l'armée était clairement articulée23. Cette vision a été mise à jour en août 2006 avec le décret Présidentiel 5.484.
L'autre pourrait être le cas de L'Argentine et la Loi 1998 pour la Restructuration des Forces armées, comme mentionné ci-dessus et la Colombie sous l’administration d’ Uribe (2002-2010).Ce dernier, soutenu par le Plan Colombie, a pu améliorer le niveau de professionnalisation de l'armée pour se battre avec des guérilleros en gardant le contrôle politique des services de l'armée 24. Le Président Santos a continué ce chemin.

7 Insertion Internationale

L'insertion des institutions militaires latino-américaines dans le paysage sécuritaire international et régional a été un important facteur qui aide à comprendre les réactions militaires envers les réformes institutionnelles. Les services de l’armée latino-américains ont été confrontés à deux types contradictoires d'insertions. L’un est l'option multilatérale offert par l'ONU et l'Union Européenne et, l'autre, est leur insertion dans la politique sécuritaire hémisphérique des États-Unis. Les réactions des gouvernements et des forces armées dans la région envers ces alternatives sont liées à leur positionnement dans les contextes nationaux et régionaux. Les relations des Etats-Unis et de l’Amérique Latine sont caractérisées par l'aide militaire vers la region25. Entre 1997 et 2007, les États-Unis ont donné à l'Amérique Latine et aux Caraïbes un total de 7.3 milliards de $ en aide militaire et policière. L'aide économique excède l’aide militaire par seulement environ un tiers et quatre pays de l'hémisphère occidental sont dans la liste des douze premiers destinataires au monde de l’aide militaire et policière américaine en 2005-2007. 75 pour cent de l’aide militaire et à la région a été consacré à deux programmes de guerre contre la drogue et La Colombie a reçu de loin la plus grande part d'aide de sécurité américaine. Entre 1997 et 2007, la police et l’armée ont reçu presque deux de chaque trois dollars dans une telle aide pour la région entière- 4.9 milliards de $ de 7.3 milliards de $. Le changement vers une mission d'anti-terrorisme est survenu quand le ministre de la Défense nationale a fait du contreterrorisme la priorité militaire numéro 1des U.S. A. Le Commandement du Sud avait à défendre ses ressources et sa pertinence dans un climat interne du Pentagone dans lequel toutes les missions ne concernant pas le terrorisme étaient secondaires. Avant le House Armed Services Committee en 2003, le Général James Hill, alors commandant du Commandement du Sud, a déclaré: " Le Narco-terrorisme est le plus pénétrant en Colombie, [...] des groupes narcoterroristes sont impliqués dans des enlèvements au Panama, au Venezuela, en Equateur et au Paraguay. Ils font de la contrebande d'armes et de drogue au Brésil, Suriname, Guyane, Mexique, et Pérou, ils font des percées en Bolivie et, utilisent les mêmes routes et l'infrastructure pour les drogues), les armes, les étrangers illégaux et d'autres activités illicites. "Le déploiement de bases militaires à Curacao, en Colombie, Equateur, Pérou et Paraguay fait partie de ces politiques.
Cependant, quelques gouvernements dans la région ont limité l'engagement américain avec les Armées latino- américaines. Le Venezuela a refusé l’aide militaire et a éjecté le Groupe Militaire US de ses bureaux au quartier général Fuerte Tiuna du Ministère de la Défense, avant même que le gouvernement américain n'ait commencé à interdire l'aide au gouvernement Chavez. D'autres gouvernements ont refusé l'immunité des accords pour renverser les sanctions de la loi de Protection de Membres de service américains. Le Paraguay a même révoqué un octroi d'accord d’immunité au personnel américain effectuant une série d'exercices bilatéraux. L'Argentine et L'Uruguay ont promis d’arrêter l’envoi de stagiaires militaires à l'Institut de l'Hémisphère Occidental pour la Coopération Sécuritaire, le successeur de l’École de l'armée américaine des Amériques. Les pays Latino-Américains achètent de plus en plus des armes de sources non-américaines et il y avait une critique généralisée et un rejet du Traité sur les bases militaires américano-colombiennes.
Dans ce contexte, la coopération militaire avec les EU confronte les forces armées latino-américaines au risque de transformer leur s armées en forces de sécurité interne, de maintien de l'ordre dans leurs sociétés, politisant leurs cadres et affrontant de nouvelles périodes de déprofessionnalisation. C'est le cas pour l'armée colombienne qui aide l'armée des EU en Afghanistan avec des programmes d'extermination, qui ont échoué dans leur propre pays. Des institutions militaires dans Le Salvador, le Honduras et le Guatemala ont aussi eu des difficultés à éviter cet effet. Les conséquences principales de l’influence des États-Unis l'armée a été la "securitization" des ordres du jour régionaux, définissant les problèmes économiques, politiques et sociaux clés, y compris l’immigration et le populisme, comme menaces sécuritaires.
Le multilatéralisme et les opérations de paix de L'ONU ont offert une alternative pour la professionnalisation et la modernisation de l’Armée latino-américaine, surtout depuis1999: "Des opérations de Paix Mondiale ont grandi exponentiellement depuis 1999. Il y a actuellement, plus que jamais auparavant, un nombre plus grand de vastes opérations de paix en voie de réalisation dans le monde. Simultanément, ces opérations sont typiquement chargées de plus d’ambitions militaires, de maintien de l'ordre et de buts politiques que les missions pré 1999. La croissance rapide dans le nombre de missions de maintien de la paix de L'ONU aussi bien que leur taille signifie que des missions de L'ONU impliquent maintenant plus de troupes en service actif à l'échelle mondiale que le Les déploiements étrangers de n'importe quel autre pays à l’exception des États-Unis "26.
Ces options idéologiquement différentes ouvrent des voies différentes de professionalisation et de modernisation des institutions militaires latino-américaines. Elles conditionnent aussi la probabilité d’introduire avec succès les réformes de démocratisation dans les casernes.

8. Conclusions

L'expérience latino-américaine de mise en application d'un ordre du jour de démocratisation dans les institutions militaires montre que le succès d’une telle transition dépend d'une variété de facteurs. Ces facteurs représentent une mosaïque de variables politiques, sociales et culturelles qui créent des conditions permettant ou rendant l’introduction de réformes dans les forces armées par des gouvernements civils démocratiquement élus plus difficiles27. Les conclusions suivantes, tirées de l'expérience Latino-Américaine, peuvent servir de considérations stratégiques à garder à l’esprit quand on entreprend des réformes semblables dans d'autres pays.

1 Une Coalition de Démocratisation

Un des éléments clés rendant la transition militaire démocratique possible est la convergence de toutes les forces autour d'un ordre du jour de démocratisation pour vaincre la résistance de l'armée. Ces forces doivent être intégrées dans une alliance de démocratisation plus large incluant des organisations indépendantes de société civile internationale et locale 28, partis politiques, organisations de secteur privé, technocrates gouvernementaux et fonctionnaires progressistes et des organisations multilatérales Internationales et régionales. C'est la coalition qui fournira le support sociopolitique aux acteurs principaux leur permettant d’introduire des réformes dans les casernes.
Le consensus et la cohérence de cette coalition de démocratisation est cruciale. Elle devra être un interlocuteur aussi uni et raisonnable que possible pour les institutions militaires qui sont toujours puissantes malgré leurs faux pas. La coalition devra adapter le processus de démocratisation national à l’Armée.

2. Professionnalisation Militaire

Confrontée à de grands groupes sociaux, des organisations politiques et des coalitions anti- armée, l'autorité militaire finit d'habitude avec des forces armées dans une mauvaise forme politique, institutionnelle et professionnelle29. L'élément clé pour rétablir sa dignité institutionnelle est la professionnalisation militaire. Un consensus significatif devrait être créé autour de l'importance de ce centre institutionnel de gravité. Sauvant leur rôle professionnel dans la défense nationale, La coalition de démocratisation devrait montrer aux Militaires les effets positifs des politiques de démobilisation et les effets négatifs des rôles et fonctions non-professionnels (Sécurité interne). La redéfinition institutionnelle de l'armée comme un atout national dépendra de cette démobilisation.
La refocalisation de l'armée autour de ce rôle professionnel exige une déclaration claire pour séparer la défense nationale de l'ordre interne et d'autres activités non professionnelles, comme les affaires. En même temps, l'intégration des services de l’armée dans le nouvel Etat démocratique et la société devraient empêcher la tentation pour permettre de nouvelles expansions du rôle institutionnel dans des domaines autres que professionnels.
Une direction civile sur les doctrines stratégiques et institutionnel les est cruciale pour la démocratisation de l'armée et sa synchronisation avec les processus semblables survenant plus largement dans la société et l'Etat.

3. Profession Militaire comme Occupation

Concurremment avec la professionnalisation, il est important de créer un environnement permettant l'élargissement de la dimension professionnelle de l'armée. Cette dimension rend possible une meilleure intégration de ces institutions dans la société et renforce le rôle professionnel dans la Défense nationale. Au contraire, des accommodements autarciques et des prérogatives institutionnelles injustifiées créent et approfondissent l'écart vis-à-vis de la société.
Donc, l'intégration dans la société est un élément clé dans la re- légitimation de l'armée après la transition. Dans le nouveau scénario démocratique, les forces armées devront rivaliser avec les institutions civiles pour les ressources financières. Leur niveau de légitimité dans la société déterminera en partie le niveau de leur assignation budgétaire annuelle. En même temps contrôler et fournir une transparence du budget militaire est une façon de donner le pouvoir à la société vis-à-vis de l'armée.
La demande sociale de démocratisation est basée sur des valeurs qui chevauchent différents alignements politiques, un phénomène de plus en plus mondialisé30. L'élimination de prérogatives institutionnelles, dont l'introduction était issue de dictatures militaires, est une partie importante de cette nouvelle relation armée- civils. Punition des violations des droits de l'homme; l'application du Droit humanitaire international; réduction et élimination de la justice militaire et des tribunaux militaires pour traiter des actions du domaine civil ; L'introduction de changement clé dans l’enseignement militaire; et l'élimination d’activités économiques indépendantes sont toutes des décisions critiques rendant possible l'intégration des services de l’armée dans la société. Diminuer les privilèges des familles de militaires dans les secteurs de santé et de la sécurité sociale aiderait aussi à fermer l'écart avec la société civile et le reste de l’administration publique.

4. Contrôle politique et Direction forte par les Forces démocratique

Une conclusion importante de l’expérience latino- américaine est la nécessité d’empêcher un nouveau cycle de négligence civile sur les questions sécuritaires et militaires. La démocratisation de l'armée ne peut être effectuée efficacement que s'il y a un contrôle politique clair et ferme par le pouvoir civil.
Le contrôle politique implique la démobilisation de l'armée et la restauration de l'autorité pleine et entière de civils au pouvoir pour nommer le Haut commandement dans chacune des forces. Mais ce contrôle politique serait inefficace s'il n’est pas complété par une Direction forte pour la professionnalisation de l’Armée fournie par l'autorité civile. En conséquence, un ordre du jour principal répondant aux demandes de développement institutionnel de l'armée devrait être conduit. En même temps, cet ordre du jour sera un élément crucial dans l’organisation de la coalition de démocratisation. La définition stricte du rôle de l'armée exige un ordre du jour indiquant les demandes professionnelles spécifiques comme la modernisation, et la coordination interservices, les opérations conjointes, les synergies technologiques et scientifiques avec le secteur civil et l’environnement. De même d'autres changements organisationnels devraient être mis en oeuvre pour rendre possible la direction civile sur les stratégies de développement militaire.

5. Ententes Internationales Indépendantes

Finalement, le développement institutionnel militaire ne survient pas dans un vide international, il est aussi dépendant et affecté parles affaires étrangères et les acteurs externes. Pour mener un processus de professionnalisation de l’armée et empêcher sa mobilisation politique par des forces externes il est crucial de scruter/étudier et modifier les liens et relations internationales précédents. Les autorités civiles démocratiques devraient surveiller les relations militaires internationales. L’existence d’alignements apolitiques non-idéologique indépendants, et d’alliances et de coopération internationales sont essentiels pour garder le contrôle civil de ces institutions. Soutenir le processus de professionnalisation par leur participation dans des opérations et des missions de maintien de la paix est une façon d’atteindre les deux objectifs. Un système diversifié et cohérent de relations sécuritaires internationales et régionales pourrait aussi aider à faire de ces efforts à long terme pour la démocratisation complète des Institutions militaires un accomplissement collectif réussi.

Texte publié en Anglais dans ARI( Arabe Reform Intitiative) et Traduit par Hadj Ben pour La Nation.



1 A revision and analysis of the existing bibliography in: Claudio Fuentes Saavedra , La transición
de los militares. LOM, Santiago, 2006.
2 Felipe Agüero, Soldiers, Civilians and Democracy. Post-Franco Spain in ComparativePerspective. The Johns Hopkins University Press, Baltimore, 1995, p. 11. A full analysis of“civilian supremacy” in chapter 2, “Asserting Civilian Supremacy in Postauthoritarian Regimes”.
3 Cfr. Manuel Antonio Garretón, et. al., Latin America in the 21st Century. Toward a New Sociopolitical Matrix. North-South Center Press, Miami, 2003, p. 49.
4 The importance of these dimensions in:Felipe Agüero, “The New ‘Double Challenge’: Simultaneously Crafting Democratic Control and Efficacy Concerning Military, Police and Intelligence”, Paper presented at the Third General Assembly of
the Club de Madrid, November 12-13, 2004.
5 Erving Goffman, Asylums: Essays on the Social Situation of Mental Patients and Other Inmates. New
York, Doubleday, 1961.
6 An interesting description of military institutions’characteristic in: Harold Laswell, “The Garrison State”, The American Journal of Sociology, 46(4), p. 455-468;1941.
7 Charles Moskos, Jr., “From Institutions to Occupation: Trends in Military Organization.” Armed Forces & Society, October 1977.
8 I am following the definition of “civil
society” as the dense network of intermediate groups and voluntary associations independent from the state.
9 Cfr. Augusto Varas, Claudio Fuentes y Felipe Agüero, Instituciones cautivas.
Opinión Pública y Legitimidad Social de las Fuerzas Armadas. Editorial Catalonia,
Santiago, 2008.
10 Cfr. Anita Isaac, Military Rule in Ecuador, 1972-92. University of Pittsburg Press,
Pittsburg, 1993, p. 140.
11
http://www.midena.gov.ec/content/view/441/207/lang,es/
12
http://es.wikipedia.org/wiki/Fuerzas_Armadas_del_Ecuador
13 On the role of the military during military dictatorship in Chile, see: Augusto Varas, Los militares en el poder, 1973-1986. Pehuén, Santiago, 1987.
14 See: Augusto Varas, Claudio Fuentes y Felipe Agüero, Instituciones cautivas.
Opinión Pública y Legitimidad Social de las Fuerzas Armadas. Op.Cit.
15 In this respect, see: Claudio Fuentes Saavedra, La transición de los militares. Op.
Cit.
16 An analysis of diverse post-transition outcomes in: Felipe Agüero, “Towards
Civilian Supremacy in South America”, in: Larry Diamond, Marc E. Plattner, Yun-han
Chu, and Hung-mao Tien, Consolidating the Third Wave Democracies. Themes and
Perspectives. The Johns Hopkins University Press, Baltimore, 1997. See also: Comisión Andina de Juristas, El control democrático de la defensa en la región andina. Escenarios para una integración civil-militar. Comisión Andina de Juristas, Lima, 2004.
17 Felipe Agüero, Soldiers, Civilians andDemocracy. Post-Franco Spain in
Comparative Perspective. Op. Cit.
18 Washingtonpost.com, June 5, 2003
19 The existence of this policy was paved by previous democratic governments. See: Rodrigo Atria, “Estado, militares y democracia: la afirmación de la supremacía civil en Chile“, Fuerzas Armadas y Sociedad, eneromarzo,2000.
20 Alfred Stepan, Rethinking Military Politics. Brazil and the Southern Cone. Princeton
University Press, New Jersey, 1988, p. 127.
21 Lt. Gen. Walter F. Ulmer, Jr.,“Introduction”, in: Lloyd J. Matthews & Dale
E. Brown, The Challenge of Military Leadership. Pergamon-Brassey’s International Defense Publishers, Virginia, 1989, page xii.
22 Don A. Starry, “Running Things”, in: Ibid., p. 10-11.
23 See: Eliézer Rizzo de Oliveira, Democracia e Defesa Nacional. Editora Manole, Sao Paulo, 2005.
24 Cfr. Kimberly Stanton, The Colombian Conflict: Regional Impact and Policy Responses. A WOLA
Conference Report, August 2005.
25 All the following information as been gathered from: Below the Radar. US Military
Programs With Latin America, 1997-2007, March 2007, joint publication from the
Center for International Policy, the Latin America Working Group Education Fund,
and the Washington Office on Latin America.
www.ciponline.org/facts
26 Center on International Cooperation (CIC), Annual Review of Global Peace Operations, 2006.
27 An interesting agenda in this regard, in: The Gorbachev Foundation of North America and FRIDE, Conferencia sobre transición y consolidación democráticas. Madrid, Octubre, 2001. Siddharth Mehta Ediciones, Madrid, 2002, p. 81-91.
28 I underline “independent” since in some political context the development of civil society could be
manipulated by central governments increasing the obstacles for reform instead of facilitating them. Cfr. Quitan Wiktorowicz, “Civil Society as Social Control.
29 There is an extensive bibliography on this issue. A thoughtful analysis of these historical trends in: Alain Rouquié, L’état militaire en Amérique Latine. Editions du Seuil, Paris, 1982.
30 On this type of mobilizations see: Alain Touraine, Après la crise. Editions du Seuil,
Paris, 2010.


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